ASTERIX
LE CIEL LUI TOMBE SUR LA TETE
Albert UDERZO
Editions Albert René - 47 pages
Un
nouvel album des aventures d’Astérix ? on y cours ! Erreur
: avec ce trente-troisième tome, Albert Uderzo laisse le petit
Gaulois dans un état proche de l’agonie. Un énorme
gâchis.
Nul ne peut l’ignorer : le nouvel album des aventures d’Astérix
et d’Obélix est arrivé ! Nul ne l’ignore,
d’ailleurs : amour irraisonné des Français pour
leurs héros de papier, battage médiatique sans précédent
ou réflexe pavlovien… 500 000 exemplaires sont partis
dès le premier week-end, constituant par là même
une sorte de record toutes catégories. Ce n’est pourtant
pas faute d’avoir été régulièrement
échaudé lors des parutions précédentes.
Pas un album digne de ce nom depuis Astérix chez les Belges
(1979), le dernier à porter la signature conjointe de René
Goscinny (scénariste) et d’Albert Uderzo (dessinateur).
Depuis, le roi René est mort et Albert Uderzo s’est arrogé
tous les droits sur notre duo gaulois résistant encore et toujours
à l’envahisseur. Le résultat est une lente dégringolade
dans l’indigence scénaristique (rien à reprocher
au dessin, en revanche) qui culmine, si je puis dire, avec l’atterrant
Le ciel lui tombe sur la tête !
Histoire proche de la débilité légère,
ce dernier album est une parabole (se revendique en tout cas comme
telle) de la lutte que se livrent les deux courants majeurs de la
bande dessinée. D’un côté la gentille tradition
classique incarnée par les Tadsylwien (anagramme de Walt Disney).
Les Tadsylviens sont représentés par une sorte de Teletubbies
nommé Toune (toon), ses soldats sont des clones de Superman
avec la tête de Schwarzeneger et leur chef s’appelle Hubs
(comprenez Bush). En face, les méchants usurpateurs appelés
Nagmas ("mangas" évidemment) ont des soldats baptisés
Goelderas (sans commentaire) et débarquent d’un vaisseau
spatial qui ressemble furieusement à Goldorak. Car, cerise
sur le gâteau : les Tadsylviens et les Nagmas sont des extraterrestres
qui s’affrontent impitoyablement !
Vous l’aurez compris, on est dans le "grand n’importe
quoi". Le scénario tiendrait sur un ticket de métro
(les rivaux ont besoin de la potion magique pour vaincre leur adversaire),
l’action et l’intrigue sont réduites à leur
plus simple expression (il ne se passe strictement rien !) et les
cases d’un quart ou d’une demi-page sont multipliées
à l’envie (c’est toujours un peu de boulot en moins).
Il faudrait aussi parler de l’anachronisme insupportable que
constitue l’introduction de ces extraterrestres totalement hors-sujet
quand la vocation des personnages de René Goscinny était
de (faire) découvrir leur époque.
Finalement, seul le titre mérite d’être sauvé
tant il correspond à la réalité d’un état
des lieux désolant pour ce monument de la bande dessinée.
Que l’on parle d’Astérix, d’Albert Uderzo
ou du pauvre lecteur, on peut dire qu’avec ce trente-troisième
album, "le ciel lui est tombé sur la tête"
! Et ça fait très mal…