Une
bande dessinée fleuve qui se lit comme un roman et qui
raconte, sans mièvrerie, le premier amour d'un jeune
Américain du Wisconsin, englué dans la religion
et les préjugés de son entourage.
Que ceux qui, au passage, ont jeté un œil à
la "fiche technique" de la bande dessinée de
la semaine se rassurent doublement. Non, le webmaster de Jowebzine.com
n'a pas fait d'erreur de frappe : ce pavé compte bien
582 pages et non 58 comme c'est plus souvent le cas. Oui, Blankets
est un ouvrage hautement recommandable, parfaitement lisible
et très digeste !
Ouvrage est d'ailleurs bien le terme le plus approprié
pour désigner Blankets, manteau de neige. Avec les outils
de la bande dessinée, mais l'ambition de la littérature,
Craig Thompson fait œuvre d'autofiction en entreprenant
de nous raconter, par le menu, son premier amour d'adolescent
dans l'Amérique rurale du Wisconsin.
Et, fort d'un talent de conteur peu ordinaire, d'une sensibilité
et d'une poésie remarquable, il réussit le pari
de nous embarquer avec lui dans sa machine à remonter
le temps. Celle qui ramène le lecteur à ce temps
béni du premier amour un peu sérieux. Pour Craig,
tout se passe durant l'hiver 1994, il y a dix ans tout juste.
Il vit dans le Wisconsin et rencontre Raina pendant les vacances
d'hiver dans un camp paroissial.
En allers-retours habiles et toujours pertinents entre son enfance
et ce premier amour, il nous fait ressentir ce si difficile
passage dans le monde des adultes. On y comprend de l'intérieur
ce qu'est la vie de ces familles rurales américaines,
engluées dans les préjugés d'une religion
omniprésente. On y souffre avec lui de l'inculture bornée
d'une Amérique profonde désespérante de
médiocrité et de racisme ordinaire. Mais il sait
aussi nous émouvoir de la tendre sincérité
d'une jeune fille pas comme les autres, de leur bonheur à
se retrouver, puis du lent reflux de ce sentiment si fort…
En peu de mots, Craig n'est pas un garçon bavard, mais
avec de très belles planches tantôt poignantes,
tantôt poétiques, ce livre-dessiné réussit
le miracle de rendre à ses lecteurs leur âme d'adolescent
version "mal de vivre". Belle réussite.