Vingt-huitième
tome des aventures de Blueberry et fin d'un cycle commencé
il y a dix ans. On ne s'en lasse pas.
Qu'on se le dise : Dust marque la fin d'une époque pour
Blueberry. En effet, avec ce cinquième et dernier album
du cycle Tombstone de Mister Blueberry, Jean Giraud met un point
final flamboyant à une aventure de dix ans. En 72 pages
(à événement exceptionnel, pagination exceptionnelle),
il confirme le virage pris depuis quelque temps déjà
par cette série dont il est seul maître à
bord depuis la disparition, en 1989, de Jean-Michel Charlier,
son scénariste original.
Moins baroudeur, plus assagi (mais l'aventure n'est jamais bien
loin), le Blueberry dernière époque fait fortune
aux tables de poker, se fait descendre (certes, par derrière),
tombe amoureux d'une danseuse de saloon… et fini ruiné
par un banquier véreux. Bref, presque comme dans la "vraie
vie".
Cette dérive, si elle tranche avec les débuts
du jeune Lieutenant de cavalerie, ne s'en justifie pas moins
par l'usure de la vie qui n'épargne pas le personnage…
ni son créateur. Jean Giraud a choisi, depuis longtemps
déjà, de ne pas enfermer son héros dans
une posture d'icône immuable, figée dans ses traits,
sa psychologie et ses actes. Blueberry n'est pas Tintin. Il
fait des rencontres qui le changent, aspire à plus de
calme, bref : il vieillit !
Ca n'est donc pas sans un pincement au cœur que l'on se
plonge dans Dust et les ultimes péripéties d'une
histoire dont le point d'orgue est le duel à OK Corral
qui oppose les frères Earp à la bande des Clanton
et des McLaury. Entre ces événements dramatiques
et les confessions de Blueberry à Campbell, journaliste
venu de Boston et en passe de devenir son biographe officiel,
le lecteur a l'impression de vivre la fin d'une époque.
Aucun relâchement pour autant, ni dans le trait, ni dans
la narration. Toujours ce mélange de précision
et de rapidité, toujours ce climat western parfaitement
restitué, toujours cette impression d'être un cow-boy,
d'avoir un colt à la ceinture et un stetson sur la tête.
Toujours, surtout, cette envie irrésistible de reprendre
toute la série depuis le début !