Nouvel
album, nouvel enthousiasme, nouvelle perplexité aussi…
Blutch est sans doute l’un des auteurs les plus doués
de sa génération, à l’œuvre mystérieuse
et vénéneuse.
Ne comptez pas sur moi pour vous résumer La volupté.
Ne comptez d’ailleurs sur personne. Un album de Blutch ne s’apprécie
pas à l’aune des critères utilisés pour
le commun des mortels. Un album de Blutch est avant tout question
de sensations, d’impressions, voire de frissons. Nulle raison
dans tout cela. Où alors à chercher dans les confins
du psychanalytique…
Alors on se plonge dans La volupté comme dans une exposition
d’art contemporain, tous ses sens en éveil. Le dessinateur
Blutch laissant désormais largement la place au plasticien
Blutch. Son trait est de plus en plus furieux, puissant, brut. Le
rouge et le noir, travaillés avec obstination, s’élargissent
en une palette infinie qui exprime crûment les états
physiques et moraux de personnages aux prises avec leurs fêlures
personnelles.
Malgré la froideur hivernale d’une petite ville provinciale
et de sa campagne environnante qui servent de cadre à La volupté,
c’est dans un climat très sexué que Blutch développe
une narration. Les personnages masculins, toujours pathétiques,
y sont tous, d’une manière ou d’une autre en quête
de l’absolu féminin : amour impossible, sensualité
exacerbée, sexe béant, "origine du monde".
Certains s’y rencontrent, d’autres non… Mais tous
souffrent par les femmes, par amour de la femme.
Pourtant, l’important est ailleurs, dans le travail graphique
d’un dessinateur inspiré, habité, porté
par son œuvre. Une œuvre violente qui s’ouvre et se
referme par l’appel à l’aide d’un petit garçon
en mal de reconnaissance et d’amour paternel. Vous avez dit
"œuvre psychanalytique" ?