Dessins de Max ANDERSSON
Scénario de Lars SJUNNESSON
L’Association - 74 pages
Ouvrez
la porte du frigo : Tito s’y tient, cadavre congelé,
motif récurrent de cette plongée dans un bain d’encre,
de cette promenade surréaliste à travers la Bosnie au
lendemain de la guerre des Balkans.
Les deux auteurs, Max Andersson et Lars Sjunnesson, Suédois,
excellent dans la mise au carré d’idées extravagantes,
dans le télescopage entre les vignettes carrées, les
textes en plongée dans les degrés souterrains de l’inconscient,
les dessins denses où la rigueur géométrique
épouse la prolifération de personnages et d’objets
"purifiés génétiquement".
Le lecteur est comme convié à creuser les entrailles
de l’Histoire ; il va être confronté au bosnian
flat dog, race de chien locale, mutation monstrueuse de l’après
guerre, forme ondulante écrasée au sol, nappe noire
qui s’infiltre partout ; confronté aussi aux problèmes
d’approvisionnement symbolisés dans la quête effrénée
de bombes glacées vendues (détenues !) par les veuves
de Srebrenica ; il lui faudra éviter de se faire enlever lors
de bains pris dans des immeubles éventrés, assister
aux clonage de soldats américains grâce à la jambe
(arrachée dans le frigo) de Tito, supporter le regard hagard
et famélique des prisonniers et, sur fond d’Eurovision,
aller jusqu’au bout de ce voyage improbable, de l’Histoire
au mythe, de prises de conscience (politique, idéologique,
tragique…) en sursauts de vitalité et d’humour.
L’album, préfacé par Stephen Skledar, est enrichi
d’un glossaire savoureusement illustré et de deux bandes
dessinées auxquelles font référence les personnages
principaux et qui permettent une initiation à l’univers
des deux auteurs.
Enfin, si cette habitude est fréquente en littérature,
on oublie souvent de saluer la qualité de la traduction en
bande dessinée : on se régalera donc de celle, piquante
et précise, de Charlotte Miquel.