Un
très bel album noir et blanc au graphisme soigné dans
lequel les auteurs suivent Truman Capote enquêtant sur le crime
sordide dont il devait s’inspirer pour écrire son plus
célèbre ouvrage : De sang froid.
Novembre 1969. À Holcomb, dans le fin fond du Kansas, la famille
Clutter (le père, la mère, leur fils et leur fille)
sont assassinés dans leur maison isolée. On arrête
bientôt les tueurs : deux paumés de passage dans les
parages et qui avaient entendu dire que les Clutter cachaient chez
eux une forte somme d’argent…
Fait-divers parmi tant d’autre, mais qui attire l’attention
de Truman Capote, écrivain et mondain new yorkais de renom.
Son intuition lui dicte de suivre l’affaire de près,
que là se trouve le sujet du livre qui le fera entrer dans
l’histoire de la littérature. Bonne pioche : après
des mois passés sur le terrain, après avoir tissé
des liens étroits avec tous les protagonistes de l’affaire
(à commencer par les deux assassins arrêtés rapidement
après leur méfait), après surtout avoir attendu
plusieurs années que, de condamnation en appel, les deux inculpés
soient finalement exécutés, Truman Capote publie, avec
le succès que l’on sait, In cold blood : De
sang froid.
C’est cette "(en)quête" que Ande Parks et Chris
Samnee mettent en scène, tout comme le fait Bennett Miller
avec son film oscarisé récemment pour la prestation
époustouflante de Philip Seymour Hoffman (lire
la chronique du film). Même sujet central (Capote lui-même),
même angle d’attaque (les longues recherches menées
dans le Kansas par Capote pour préparer son chef-d’œuvre
littéraire) et, souvent, mêmes scènes, mêmes
décors, mêmes dialogues… Au point que les deux
"objets" semblent émaner mutuellement l’un
de l’autre !
Toutefois, plus sombre encore que le film de Bennett, l’album
de Parks et Samnee s’appuie sur un graphisme dépouillé
faisant la part belle aux à-plats noirs et aux lumières
rasantes. Album d’ambiance donc, mais pas seulement puisque
les auteurs n’hésitent pas à creuser certains
détails de la psychologie ou de la vie privée de Capote,
ni à introduire une dimension onirique supplémentaire
en faisant "se rencontrer" la plus jeune des victimes et
l’écrivain en proie à ses démons.
Outre ses qualités propres, Capote in Kansas est une sorte
de prologue idéal à la (re)lecture de De sang froid
et des autres ouvrages d’un écrivain remarquable mort
en 1984 des conséquences de son addiction à l’alcool.