L’affaire
Landru revisitée par l’un des plus extraordinaires dessinateurs
français contemporains. Un magnifique ouvrage que vous brûlerez
de lire et relire encore.
Dans la famille "bande dessinée classique et raffinée",
je voudrais le fils. Bonne pioche avec Christophe Chabouté,
jeune dessinateur (pas encore quadra) qui poursuit son œuvre
en publiant un Henri Désiré Landru de toute beauté.
Car on peut être tenant du classicisme et n’en être
pas moins brillant. Encore faut-il s’entendre sur la "généalogie
artistique" du bonhomme. Ce n’est pas du côté
de l’école belge et de la ligne claire qu’il cherche
son inspiration, mais plutôt de celui des virtuoses du minimalisme
en noir et blanc. Même si le terme de "minimalisme"
est particulièrement mal choisi quand on évoque ses
devanciers : Hugo Pratt, Jacques
Tardi ou Didier Comès
(les deux derniers étant aussi, heureux hasard, dans l’actualité
de cet automne).
Jamais à court de belles idées pour nourrir son coup
de pinceau virtuose, Chabouté revisite cette fois l’un
des plus atroces faits-divers modernes : le parcours extraordinaire
du "légendaire" Landru. Séducteur et assassin
à répétition (serial-killer avant l’heure),
le monstre était condamné à mort en 1922 pour
le meurtre de onze femmes entre 1915 et 1919. Déjà connu
des services de police en qualité d’escroc à la
petite semaine (et condamné à 8 reprises pour ses méfaits
entre 1900 et 1914), le frêle Henri Désiré passe
la vitesse supérieure à partir de 1915. Sa méthode
est toujours la même : rencontrer, par petites annonces, des
femmes aisées, célibataires ou veuves (et elles ne manquent
pas à l’époque) ; les séduire, les mettre
en confiance et obtenir une procuration sur leur compte en banque
; puis leurs proposer un week-end en amoureux dans sa maison de campagne
(en achetant un billet de train aller-retour pour lui, aller simple
pour elles) ; les y assassiner et les faire disparaître dans
le fourneau de sa cuisinière !
L’histoire est connue et le chemin balisé. Pourtant,
Christophe Chabouté a une autre hypothèse et nous la
dévoile au long d’un implacable récit qui, entre
maîtrise de la narration et maîtrise du graphisme, lui
offre tout loisir de nous "en mettre plein la vue". On se
gardera bien, ici, de vous dire quoi que ce soit de son audacieuse
histoire. Mais on vous encouragera vivement à découvrir
à votre tour la beauté singulière de chaque vignette
: cadrage magnifiques, sens exacerbé de l’aplat noir
ou blanc, précision du trait, vigueur de l’ensemble.
Henri Désiré Landru et un superbe roman graphique dans
lequel le second terme prend tout son sens.