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     BaNDe DeSSiNée
 
UN HOMME EST MORT

Scénario de KRIS
Dessins d'Etienne DAVODEAU

Futuropolis - 63 pages
Etienne Davodeau est un dessinateur militant. On l'avait souligné l'année dernière avec la publication chez Delcourt du remarquable roman graphique Les mauvaises gens. Il y racontait par le menu la vie provinciale de ses parents, ouvriers et syndicalistes dans la France de l'après-guerre. Trente glorieuses, conversion des paysans en ouvriers, militantisme, poids de l'église et de la bourgeoisie locale… Avec tendresse et fidélité, il témoignait d'une époque révolue.

Pour Un homme est mort, il choisit de prolonger la nostalgie ouvriériste en retraçant des événements survenus à Brest en 1950.

La ville, entièrement détruite par les bombardements allemands et surtout américains, est alorsen pleine reconstruction. Immense chantier à ciel ouvert, Brest est aussi le creuset des premières luttes sociales de la paix retrouvée. C'est dans ce contexte que René Vautier (cinéaste et documentariste à qui l'on doit, notamment, Avoir 20 ans dans les Aurès) débarque en ville, mandaté par le Parti Communiste et la CGT pour témoigner par l'image du bras de fer qui s'engage entre les ouvriers et le patronat, soutenu par les autorités.

Grève pour une revalorisation des salaires, manifestations, affrontements avec les CRS, jets de pierres, riposte aux grenades lacrymogènes puis aux fusils de guerre… Plusieurs blessés et un mort parmi les manifestants : tué d'une balle en pleine tête.

René Vautier, armé de sa seule caméra, réalise alors un petit film en noir et blanc, muet, seulement soutenu par la déclamation d'un poème de Paul Eluard. Aussitôt tourné, aussitôt monté : voilà notre cinéaste faisant le tour des piquets de grève pour le projeter aux hommes en lutte.

Entre nostalgie et témoignage, l'album co-signé par Kris et Etienne Davodeau entretient la nostalgie ouvriériste d'un temps où tout était plus simple. Les travailleurs d'un côté, les exploiteurs de l'autre. Il n'en reste pas moins très attachant car toujours empreint d'une retenue qui lui évite la caricature ou le manichéisme. Au contraire, Un homme est mort porte en lui, avec beaucoup de dignité et d'humanisme la mémoire de ceux qui ont lutté avec sincérité et conviction pour un monde meilleur.

Imprimé avec soin sur un très beau papier et accompagné d'un cahier documentaire très précis retraçant les événements réels ayant inspiré le travail des auteurs, ainsi qu'un hommage à René Vautier, Un homme est mort est un des très bons albums de cet automne.


Joël Fompérie
© Jowebzine.com - Octobre 2006
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