Etienne
Davodeau est un dessinateur militant. On l'avait souligné l'année
dernière avec la publication chez Delcourt du remarquable roman
graphique Les mauvaises gens. Il y racontait par le menu la vie provinciale
de ses parents, ouvriers et syndicalistes dans la France de l'après-guerre.
Trente glorieuses, conversion des paysans en ouvriers, militantisme,
poids de l'église et de la bourgeoisie locale… Avec tendresse
et fidélité, il témoignait d'une époque
révolue.
Pour Un homme est mort, il choisit de prolonger la nostalgie ouvriériste
en retraçant des événements survenus à
Brest en 1950.
La ville, entièrement détruite par les bombardements
allemands et surtout américains, est alorsen pleine reconstruction.
Immense chantier à ciel ouvert, Brest est aussi le creuset
des premières luttes sociales de la paix retrouvée.
C'est dans ce contexte que René Vautier (cinéaste et
documentariste à qui l'on doit, notamment, Avoir 20 ans dans
les Aurès) débarque en ville, mandaté par le
Parti Communiste et la CGT pour témoigner par l'image du bras
de fer qui s'engage entre les ouvriers et le patronat, soutenu par
les autorités.
Grève pour une revalorisation des salaires, manifestations,
affrontements avec les CRS, jets de pierres, riposte aux grenades
lacrymogènes puis aux fusils de guerre… Plusieurs blessés
et un mort parmi les manifestants : tué d'une balle en pleine
tête.
René Vautier, armé de sa seule caméra, réalise
alors un petit film en noir et blanc, muet, seulement soutenu par
la déclamation d'un poème de Paul Eluard. Aussitôt
tourné, aussitôt monté : voilà notre cinéaste
faisant le tour des piquets de grève pour le projeter aux hommes
en lutte.
Entre nostalgie et témoignage, l'album co-signé par
Kris et Etienne Davodeau entretient la nostalgie ouvriériste
d'un temps où tout était plus simple. Les travailleurs
d'un côté, les exploiteurs de l'autre. Il n'en reste
pas moins très attachant car toujours empreint d'une retenue
qui lui évite la caricature ou le manichéisme. Au contraire,
Un homme est mort porte en lui, avec beaucoup de dignité et
d'humanisme la mémoire de ceux qui ont lutté avec sincérité
et conviction pour un monde meilleur.
Imprimé avec soin sur un très beau papier et accompagné
d'un cahier documentaire très précis retraçant
les événements réels ayant inspiré le
travail des auteurs, ainsi qu'un hommage à René Vautier,
Un homme est mort est un des très bons albums de cet automne.