Sur
le ton du règlement de compte, Luc, jeune adulte en colère
contre sa famille, la société et lui-même, se
raconte longuement et intelligemment.
Ce n’est pas vraiment en ligne directe que Michel-Yves Schmitt
a abordé la bande dessinée. Longtemps graphiste et illustrateur,
notamment pour la publicité et la presse, ce n’est que
sur le tard, en 2001 à l’âge de 33 ans, qu’il
répond à une annonce sur Internet : "Pour nouvelle
revue BD, recherche auteurs dans registre intimiste". Il publie
ainsi dans Patate Douce ses premières planches qui sont également
celles du présent album. Trois chapitres paraîtront ainsi,
complétés, pour Dérives, de quatre chapitres
supplémentaires permettant de constituer un ensemble cohérent.
Jeune adulte empêtré dans ses problèmes familiaux
et sentimentaux, Luc (c’est le nom du personnage central de
Dérives) va nous offrir une sorte d’analyse en temps
réel, remontant le cours du temps pour évoquer son adolescence,
ses relations tendues avec son père, le décès
de sa mère alors qu’il a coupé les ponts pour
s’exiler à New York, ses relations avec les femmes, et
sa carrière embryonnaire de comédien en mal de propositions…
Autant de tranches de vie qui viennent s’inscrire dans la veine
de l’autofiction si répandue depuis quelques mois.
Si ce premier album ne manque pas de qualités (graphisme agréable,
scénario et narration intelligents et sans complaisance ni
apitoiement), il pêche pourtant par des dialogues parfois trop
littéraires qui peuvent irriter le lecteur. On regrette aussi
qu’il arrive peut-être un peu tard sur un terrain déjà
profondément labouré par nombre d’auteurs anglo-saxons.
Gageons pourtant que si Michel-Yves Schmitt trouve un bon scénariste
(ou relecteur), ses prochains ouvrages seront proches de cette justesse
de ton, de cette précision et de cette lucidité dans
l’analyse des comportements humains dont on le sens capable.
A suivre…