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     BaNDe DeSSiNée
 
L’ECOLE EMPORTEE
Kazuo UMEZU

Glénat
6 volumes de 350 pages environ
Une des œuvres fondatrices de la culture manga vient de finir d’être publiée. Une belle occasion de découvrir Kazuo Umezu et L’école emportée.


Si la production de manga est florissante et les traductions françaises de plus en plus nombreuses, variées et de qualité, elle le doit pour beaucoup à deux pionniers qui se partage à égalité le titre Dieux du manga : Osamu Tezuka et Kazuo Umezu. Du premier, on lira avec profit L’histoire des 3 Adolf, fresque historico-politique en quatre volumes dont l’action se déploie entre l’Allemagne et le Japon durant la 2e Guerre Mondiale. Du second, on ne manquera pas L’école emportée, récit fantastique en six volumes dont le dernier vient de paraître aux éditions Glénat.

Publié pour la première fois dans la revue Shônen Sunday au début des années 70, L’école emportée est un récit résolument fantastique qui met en scène une communauté restreinte (les 800 enfants de l’école Yamato et leur poignée de professeurs) brusquement transplantée dans un environnement hostile. Car c’est bien ce qui se produit ce matin-là, peu de temps après le début des cours : une brusque explosion et puis plus rien. À la place de l’école, il n’y a plus qu’un trou béant. Nul trace de débris ou corps sans vie, juste le vide. Pour tout le Japon, c’est une immense catastrophe totalement inexplicable.

Pour les écoliers, le choc n’est pas moins grand. Projetés, avec leur école intacte, dans un monde désertique, dépourvu de toute vie, au ciel bas et aux brumes persistantes, ils sont livrés à eux-mêmes et à l’autorité de leurs professeurs… qui montreront rapidement leurs limites.

Kazuo Umezu se retrouve donc, dès la fin du premier volume, avec les coudées franches pour étudier à loisir les comportements humains placés en situation extrême. Noirceur de l’âme, égoïsme, courage, dévouement, le pire et le meilleur cohabitent pour tenter de survivre dans des conditions difficiles et impossibles à comprendre.

Proche, aussi bien par la thématique que par les développements psychologiques, de Sa majesté des mouches de William Golding, L’école emportée explore longuement les méandres du cerveau humain et ses capacités à réagir à l’inédit, à l’incompréhensible, au surnaturel. Car, loin de se cantonner à une pure "observation scientifique", Umezu introduit une dose généreuse de fantastique qui vient épicer encore un propos pourtant déjà piquant : cauchemar et terreur sont au rendez-vous de chaque chapitre !

Vous l’aurez compris, ce n’est pas dans la virtuosité du trait qu’il faut chercher les qualités principales de L’école emportée, mais bien dans une recherche très novatrice sur les réactions émotionnelles. Et sur ce plan, le résultat est d’autant plus impressionnant que ce manga a plus de trente ans ! Il fait d’ailleurs bien son âge dès lors que l’on quitte les thématiques évoquées pour s’appesantir sur les relations filles-garçons qui, à une exception près, font preuve d’une "orthodoxie" désespérante : ils commandent et se battent contre l’ennemi, elles obéissent et s’occupent de l’intendance. Mais heureusement, depuis trente ans, les choses ont bien changé, non ?


Joël Fompérie
© Jowebzine.com - Octobre 2005
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