Une
des œuvres fondatrices de la culture manga vient de finir d’être
publiée. Une belle occasion de découvrir Kazuo Umezu
et L’école emportée.
Si la production de manga est florissante et les traductions françaises
de plus en plus nombreuses, variées et de qualité, elle
le doit pour beaucoup à deux pionniers qui se partage à
égalité le titre Dieux du manga : Osamu Tezuka et Kazuo
Umezu. Du premier, on lira avec profit L’histoire
des 3 Adolf, fresque historico-politique en quatre volumes dont
l’action se déploie entre l’Allemagne et le Japon
durant la 2e Guerre Mondiale. Du second, on ne manquera pas L’école
emportée, récit fantastique en six volumes dont le dernier
vient de paraître aux éditions Glénat.
Publié pour la première fois dans la revue Shônen
Sunday au début des années 70, L’école
emportée est un récit résolument fantastique
qui met en scène une communauté restreinte (les 800
enfants de l’école Yamato et leur poignée de professeurs)
brusquement transplantée dans un environnement hostile. Car
c’est bien ce qui se produit ce matin-là, peu de temps
après le début des cours : une brusque explosion et
puis plus rien. À la place de l’école, il n’y
a plus qu’un trou béant. Nul trace de débris ou
corps sans vie, juste le vide. Pour tout le Japon, c’est une
immense catastrophe totalement inexplicable.
Pour les écoliers, le choc n’est pas moins grand. Projetés,
avec leur école intacte, dans un monde désertique, dépourvu
de toute vie, au ciel bas et aux brumes persistantes, ils sont livrés
à eux-mêmes et à l’autorité de leurs
professeurs… qui montreront rapidement leurs limites.
Kazuo Umezu se retrouve donc, dès la fin du premier volume,
avec les coudées franches pour étudier à loisir
les comportements humains placés en situation extrême.
Noirceur de l’âme, égoïsme, courage, dévouement,
le pire et le meilleur cohabitent pour tenter de survivre dans des
conditions difficiles et impossibles à comprendre.
Proche, aussi bien par la thématique que par les développements
psychologiques, de Sa majesté des mouches de William Golding,
L’école emportée explore longuement les méandres
du cerveau humain et ses capacités à réagir à
l’inédit, à l’incompréhensible, au
surnaturel. Car, loin de se cantonner à une pure "observation
scientifique", Umezu introduit une dose généreuse
de fantastique qui vient épicer encore un propos pourtant déjà
piquant : cauchemar et terreur sont au rendez-vous de chaque chapitre
!
Vous l’aurez compris, ce n’est pas dans la virtuosité
du trait qu’il faut chercher les qualités principales
de L’école emportée, mais bien dans une recherche
très novatrice sur les réactions émotionnelles.
Et sur ce plan, le résultat est d’autant plus impressionnant
que ce manga a plus de trente ans ! Il fait d’ailleurs bien
son âge dès lors que l’on quitte les thématiques
évoquées pour s’appesantir sur les relations filles-garçons
qui, à une exception près, font preuve d’une "orthodoxie"
désespérante : ils commandent et se battent contre l’ennemi,
elles obéissent et s’occupent de l’intendance.
Mais heureusement, depuis trente ans, les choses ont bien changé,
non ?