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     BaNDe DeSSiNée
 
FAGIN LE JUIF
Will EISNER

Delcourt - 122 pages
La bonne idée de l'année vient de Will Eisner et consiste à réhabiliter la figure de Fagin le Juif, héros négatif d'Oliver Twist de Charles Dickens. Original et talentueux.


Il est, dans toutes les spécialités, des artistes d'exception qui savent sortir leur art de la routine et en explorer de nouvelles voies, de nouvelles possibilités. Et ce ne sont pas toujours les plus jeunes qui y mettent le plus d'ardeur. A preuve, le dernier ouvrage du doyen des dessinateurs américains (il est né en 1917) : Will Eisner, père du célèbre Spirit.

Si son trait incomparable et son inventivité sont universellement connus, Fagin le Juif, son dernier album en date (sorti en avril aux Etats-Unis), n'en aborde pas moins une thématique étonnante : la représentation des stéréotypes raciaux dans la littérature. Sujet d'autant plus habilement traité qu'Eisner s'attaque à la figure de Fagin le Juif, héros négatif s'il en est, "méchant" patenté d'Oliver Twist, l'œuvre majeure de Charles Dickens !

Présenté comme la figure typique du juif du XIXe siècle, immigré d'Europe centrale pour exercer ses méfaits dans une Angleterre accueillante, Fagin ne survit à Londres qu'en volant et faisant voler pour son compte de jeunes enfants qu'il maintient sous sa coupe.

Will Eisner entreprend donc d'écrire une biographie complète de Moses Fagin, de sa naissance à sa mort, remettant en perspective "l'ensemble de son œuvre" telle que décrite par Dickens. Chez Eisner, Fagin est un orphelin voué à la misère, qui se fait voleur pour survivre et essaie de sortir de sa condition, mais n'y parvient pas dans une Angleterre profondément raciste. Vieilli avant l'âge, il se fait receleur et recueille Oliver Twist qui vole pour lui, comme d'autres enfants de la rue… qui survivent ainsi en échappant à l'horreur des hospices.

Comme dans Oliver Twist, Fagin finira pendu, mais avant cela il aura rencontré, du fond de sa geôle, Charles Dickens lui-même pour le supplier de le réhabiliter. On sait d'ailleurs, que sur ses vieux jours, l'écrivain avait regretté cette caricature du juif qui devait, par la suite, être reprise et entretenue par d'autres pouvoirs autrement plus dangereux que la plume d'un écrivain !

Inutile d'avoir lu Oliver Twist pour apprécier Fagin le Juif, le traité de Will Eisner et l'originalité du propos. Par contre, attention à l'envie irrépressible de (re)lire Dickens après en avoir terminé avec les 122 pages d'Eisner !


Joël Fompérie
© Jowebzine.com - Septembre 2004
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