ESSENCE
Les extravagantes aventures
d'Otto et Watson
Dessins de Krzysztof Gawronkiewicz
Scénario de Grzegorz Janusz
Glénat - 34 pages
Un
premier album prometteur issu d'un concours organisé
en 2003 par Glénat et Arte. C'est noir, drôle et
cynique… mais pas exempt des petits défauts d'une
première œuvre.
Il vient de loin cet album. A la fois de 2003 et de Pologne
! De 2003 parce que de janvier à juillet de cette année-là
Arte (la télévision) et Glénat (l'éditeur)
se sont associés pour organiser un grand concours européen
de bande dessinée. Seules conditions pour concourir :
être majeur et n'avoir jamais été publié
en France, en Belgique et en Allemagne. Six cents dossiers de
candidature (venant de vingt et un pays) plus tard, c'est donc
le duo polonais Krzysztof Gawronkiewicz et Grzegorz Janusz qui
est sorti vainqueur, couronné par un jury de personnalités
parmi lesquelles Michel Edouard Leclerc, François Boucq,
Didier Convard, Florence Cestac ou encore Bernard Yslaire et
Vittorio Giardino.
Il faut dire que leur histoire (un peu courte) est plutôt
originale. Otto Bohater, détective privé, spécialiste
des objets récupérés dans les toilettes,
accompagné de Watson, son fidèle rat blanc, suis
l’enterrement d'un savant, prix Nobel de Chimie et de
Littérature, qui avait trouvé un moyen de transformer
les livres en boisson. Ainsi ingurgitées, les grandes
heures de la littérature devenaient des cocktails plus
ou moins corsés ! Mais quel est le lien avec cet homme
qui vient proposer à Otto, de découvrir les causes
de la mort de son jumeau, avec ce concours national dont le
but est de découvrir le sens caché de la vie,
et avec ces morts aux yeux phosphorescents bleus qui parsèment
la route d’Otto et Watson ?
Si l'on devait qualifier d'un mot ce premier album, ce serait
sûrement "maturité" qui viendrait à
l'esprit. Et avant tout maturité graphique. Le trait,
l'ambiance, le traitement des couleurs, le rétro-futurisme
des décors… tout dans cet album démontre
une grande maîtrise de la part de Gawronkiewicz qui n'est
pas sans rappeler les immenses qualités d'un Jacques
Tardi, par exemple.
Malheureusement, si le scénario est irréprochable,
la narration de Janusz pêche par manque de rondeur dans
les enchaînements. On aimerait plus de liant entre les
rebondissements d'une histoire au fort potentiel et aux personnages
particulièrement réussis, à commencer par
ce détective un peu looser, un peu dépressif que
l'on a très envie de revoir dans une prochaine "aventure".
Et gageons que ce deuxième album annoncé saura
conserver sa noirceur, son humour et sa dérision tout
en gagnant en fluidité.