LES
CITES OBSCURES
La frontière invisible - Tome 1 et 2
Casterman - 2 x 64 pages
Dessins de François SCHUITEN
Scénario de Benoît PEETERS
Suite
et fin du nouveau volet des Cités obscures. On admire
toujours le coup de crayon de François Schuiten, mais
la routine narrative semble avoir eu raison de Benoît
Peeters.
Depuis plus de vingt ans, le tandem Peeters-Schuiten promène
ses lecteurs au cœur des Cités obscures et leur
fait découvrir Samaris, Armilia, Urbicande, Brüsel
et quelques autres… Aujourd'hui, avec la parution de la
suite (et fin) de La frontière invisible (1), il semble,
de l'aveu de François Schuiten lui-même, que l'on
soit au bout du long cycle "architectural et topographique"
qui a fait leur réputation. Et, malgré toute l'affection
que l'on porte à ces deux-là, on est tenté
de dire : tant mieux.
Non que ce double album, initialement prévu pour être
publié en un seul volume, soit franchement raté,
mais on sent poindre une routine, une habitude (lassitude ?)
sous les habits de lumière de l'immense talent de dessinateur
de François Schuiten.
C'est, cette fois, le jeune Roland de Cremmer qui nous sert
de guide et que nous suivons lorsqu'il est affecté au
Centre de Cartographie, colossal dôme de béton
délabré et oublié des autorités,
planté au milieu d'un étouffant désert
de rocaille. Une vie ennuyeuse de gratte-papier poussiéreux
semble guetter notre héros… jusqu'à ce que
le Maréchal Rasidic décide d'en faire la pierre
angulaire de ses projets expansionnistes. C'est désormais
au Centre, subitement doté de crédits illimités,
de matériel moderne et de personnel pléthorique,
de prouver que la Sodrovno-Voldachie peut légitimement
revendiquer les territoires de ses voisins.
Si l'on retrouve l'atmosphère délétère
et intemporelle que l'on aime tant chez Peeters et Schuiten,
les 128 planches de cette histoire misent trop sur leurs qualités
esthétiques et pas assez sur un scénario qui reste
évaporé et peu lisible. On en finit même
par se demander si ces deux volumes ne trouvent pas leur justification
dans le seul fait qu'elles offrent à François
Schuiten l'occasion de montrer une nouvelle fois son sublime
talent, plutôt que par la nécessité de développer
l'intrigue !
On se consolera en reprenant inlassablement les planches de
La frontière invisible pour en apprécier tranquillement
la construction et le trait. Et puis on dépliera et détaillera
la carte IGN de la Sodrovno-Voldachie, offerte avec le deuxième
volume. Enfin, on admirera longuement la dernière planche
de ce volet des Cités obscures dans laquelle on retrouvera
la silhouette "géographique" de Shkodra, la
jeune femme mystérieuse qui traverse cette histoire comme
un enchantement…