Deux
merveilleuses découvertes la même semaine (et dans
le même album) : la bande dessinée n’est
pas coutumière de ce genre de cadeau, mais l’approche
de Noël y est peut-être pour quelque chose…
La proximité des fêtes et des cadeaux qui les accompagnent
n’est sans doute pas étrangère à
la création par Gallimard d’une nouvelle collection
de bande dessinée nommée Bayou et confiée
aux bons soins de Joann Sfar lui-même. Belle initiative
de la part de l’éditeur de la rue Sébastien-Bottin,
d’autant que quatre volumes sont déjà en
vente parmi lesquels un album de Joann Sfar (on n’est
jamais si bien servi…) et deux autres, prometteurs, de
Morgan Navarro (Skateboard et vahinés), et de Marguerite
Abouet et Clément Oubrerie (Aya de Yopougon).
Nous reparlerons prochainement de ces trois albums, mais le
sujet du jour est le quatrième mousquetaire de la bande,
l’Italien Gianni Pacinotti, dit Gipi. Ce quadra talentueux
issu de la publicité puis de l’illustration et
de la presse (il est l’un des dessinateurs attitrés
de La Repubblica) est devenu, en quelques livres, une référence
internationale.
Ce talent particulier, situé quelque part entre Jacques
Loustal pour le trait aquarellé et Baru pour la force
du propos et l’art de la narration, éclate avec
Le local, son quatrième titre publié en France.
Chaque vignette est belle, chaque phrase sonne juste, chaque
événement arrive au moment précis où
il doit se produire… et le lecteur se délecte d’un
tel art, d’une telle élégance et d’une
telle maîtrise.
Le local est une histoire rock, focalisant sur la question-clé
de tout trip musical adolescent : où répéter
? Chez Giuliano évidemment. Son père lui a prêté
un vieux garage encombré : il est au groupe gratuitement
aussi longtemps qu’il n’y a pas de problème.
Mais des problèmes, il va rapidement y en avoir…
En une grosse centaine de pages seulement et finalement peu
de mots, Gipi réussit l’exploit de nous raconter,
de nous faire sentir, de nous faire comprendre tout se qui touche
à l’intime et à l’universel de ses
quatre personnages principaux, les musiciens du groupe. Construit
comme un film, avec le même sens des transitions et des
révélations progressivement distillées,
il met le lecteur en totale empathie avec les ados et ceux qui
les entourent.
Impossible d’entrer plus avant dans les détails
de l’histoire sous peine de vous priver d’un immense
plaisir de lecture. Mais même si, comme moi, vous aviez
déjà lu tout ça, vous ne résisteriez
pas au pur bonheur visuel de reprendre Le local au début
et de vous attarder sur chaque vignette, comme je vais le faire
après avoir tapé le point final de cette chronique.