Découvert
relativement récemment en France, l’Italien Gipi n’en
finit pas de nous émerveiller. Son nouvel album touche même
au sublime.
Depuis deux ans, il se passe toujours (ou presque) quelque chose avec
Gipi. Normal pour un auteur découvert sur le tard en France
: ses anciens albums ont été publiés à
un rythme soutenu, amplifiant encore le phénomène. Mais
la raison de son succès n’est pas à chercher dans
cette intense actualité éditoriale.
On a déjà eu ici l’occasion de vanter les mérites
de l’œuvre de Gian Alfonso Pacinnotti (Le
local et Ils ont retrouvé
la voiture) ; on a déjà eu l’occasion d’attirer
l’attention du lecteur sur cet auteur majeur ; on a déjà
souligné à quel point ses albums sont très au-dessus
de ce que propose la "concurrence"… On a déjà
dit tout ça, on sait donc à quoi s’en tenir…
et pourtant quand un nouvel album paraît, on tombe encore de
l’armoire, comme la première fois. Pire que la première
fois puisque, même en attendant le meilleur, on est scotché
par la surprise et l’admiration une fois la dernière
page refermée !
Avec ce roman graphique ambitieux, Gipi se confronte à l’autobiographie,
mêlant l’histoire familiale à ses propres souvenirs
d’enfant. Mêlant les souvenirs de la guerre que ses parents
ont vécu et les années soixante d’une Italie en
plein boom économique. C’est le jeune Gianni qui raconte.
Rien de linéaire d’ailleurs dans cette narration. Plutôt
du coq à l’âne, des anecdotes éparses et
sans lien apparent entre elles. Des personnages récurrents
que l’on apprend à connaître sans qu’ils
nous soient présentés. Du sépia pour les souvenirs
anciens, de la couleur pour ceux du narrateur. Bref quantité
de petits riens qui finissent par faire apparaître un tableau
complexe et complet, une sorte de saga familiale sur trois générations…
On ressort de S. époustouflé par l’économie
de moyens comparé au résultat final. On referme l’album
et on reste longuement silencieux, encore sous le coup de l’émotion.
Émotion humaine, émotion picturale aussi tant est superbe
le coup de pinceau de ce raconteur d’histoire hors pair. Décidément,
Gipi est ce qui est arrivé de mieux à la bande dessinée
depuis longtemps.