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     BaNDe DeSSiNée
 
GORAZDE
La guerre en Bosnie orientale 1993-1995 L'intégrale

Dessins et scénario de Joe SACCO

Traduit par Stéphanie Capitolin
et Sidonie Van den Dries

Rackham - 227 pages
Plus qu'une bande dessinée, Gorazde est un reportage de guerre, celle qui, en ex-Yougoslavie, a mis à la mode la terrible expression de purification ethnique. Un témoignage indispensable.


Il n'est pas fréquent de rencontrer l'inventeur d'un nouveau genre, surtout en matière de bande dessinée. C'est pourtant la remarquable qualité de Joe Sacco, quadra américain atypique qui a embrassé la carrière de grand reporter, mais s'exprime au travers de dessins plutôt que de textes ou de photos.

On l'avait découvert, il y a quelques années, avec Palestine, un ouvrage dans lequel il retraçait son voyage dans les territoires occupés et donnait à comprendre la complexité de la confrontation et le pourquoi du pourrissement d'une situation qui n'a cessé, depuis, de dégénérer.

Il revient aujourd'hui sur le devant de la scène avec la publication en un seul volume de ses deux ouvrages consacrés au drame le plus épineux et le plus douloureux survenu en Europe depuis la Seconde Guerre Mondiale : la guerre en ex-Yougoslavie.

Au début des années 90, au plus fort des exactions, Joe Sacco a passé plusieurs mois entre Sarajevo et Gorazde (enclaves musulmanes dans une Bosnie passée sous contrôle Serbe) et raconte avec précision ce qu'il a vu et vécu là-bas. Il nous présente ses amis, nous fait partager leurs histoires, leurs privations, leurs peurs, leurs morts.
Au fil de courtes histoires (toujours vraies), il se fait l'écho de ces hommes et de ces femmes qu'il a côtoyé et qui ont témoigné pour que tout le monde sache. Pour que l'on n'oublie pas.

Le résultat est d'une force stupéfiante : dessins en noir et blanc, dialogues minutieusement retranscrits, multitude de petites vignettes apportant les détails indispensables à la compréhension intime des événements… Tout concoure à plonger le lecteur au cœur du drame et à mesurer le degré d'horreur atteint durant cette période.

Dans la veine d'un Art Spiegelman qui, avec Maus, avait été le porte-parole des souvenirs d'holocauste de son grand-père, Joe Sacco se fait, lui, le porte-parole d'Edin et des autres, Bosniaques emportés par l'incroyable folie des hommes faite de guerre civile et de "purification ethnique". Indispensable.


Joël Fompérie
© Jowebzine.com - Juin 2004
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