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     BaNDe DeSSiNée
 
IBICUS
L’intégrale

Pascal RABATE

Vents d’Ouest - 532 pages
Réunies en un seul volume, les quatre parties de l’Ibicus de Pascal Rabaté apparaissent enfin pour ce qu’elles sont : une œuvre.


Ibicus est de ces œuvres rares qui, par un hasard heureux, sont le résultat d’une rencontre. Ici, celle de Pascal Rabaté, dessinateur émérite de bande dessinée et de Tolstoï, écrivain Russe. Enfin, pas Léon, Alexis Tolstoï, auteur, au début des années 20 du picaresque Ibicus. Confusion avouée sur les prénoms, mais coup de foudre pour l’histoire de Siméon Nevzorov, aventurier opportuniste et minable qui, dans le tourbillon de la révolution russe de 1917 connaîtra des fortunes aussi diverses que les factions politiques qui s’affrontent.

C’est donc cette épopée que Pascal Rabaté a entrepris de retranscrire à partir de 1998. Quatre tomes se sont succédés sur les tables des libraires (le second lui ayant même valu l’Alph’Art du meilleur album en 2000 à Angoulême) avant que Vents d’Ouest ne prenne l’heureuse initiative de les réunir en un seul volume, aussi épais, lourd et dense que l’épopée de son anti-héros.

Abandonnant tout expressionnisme forcé, Pascal Rabaté opte avec Ibicus pour un lavis fluide où le noir et le blanc se disputent l’espace dans des camaïeux de gris profonds et variés. Chaque vignette est ainsi une aquarelle à part entière, contrastée et vivante, en parfaite empathie avec les situations décrites et leurs personnages : cloportes agités de vaines et médiocres ambitions, petits escrocs, petits maquereaux, petits barbouzes, petits camés, petits joueurs. Chacun tente de tirer profit de la guerre civile pour faire sa pelote… ou simplement sauver sa vie.

Au fil des pages, des chapitres, des mésaventures, des rebondissements, c’est une époque lointaine et oubliée que Pascal Rabaté fait renaître. Mais c’est surtout une peinture intemporelle de l’humanité, une fable noire et misérable de la condition humaine. On est littéralement hypnotisé par ces vignettes (é)mouvantes qui suivent un Siméon Nevzorov guidé par le seul appât du gain (une vieille Tsigane lui a un jour révélé qu'il était né sous le signe du crâne qui parle - l’ibicus - et lui a prédit : "Quand le monde s'écroulera dans le feu et le sang (...), tu vivras des aventures extraordinaires, mais tu seras riche !"). Puissant moteur qui va continuellement guider ses faits et gestes.

Sachez-le, une fois ouvert, on ne lâche plus Ibicus. Tout comme on n’oublie pas Siméon Nevzorov. Pas plus que le graphisme et les cadrages somptueux de Pascal Rabaté. Plus qu’un grand album, Ibicus est une œuvre.


Joël Fompérie
© Jowebzine.com - Février 2006
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