Affreux,
sales, bêtes et surtout méchants ! Déjà
deux volumes parus (et un troisième annoncé pour
début décembre) pour ce manga atypique s'il en
est, que nous ne saurions trop vous recommander.
Oubliez tout ce que vous savez (ou croyez savoir) sur l'univers
manga : Imbéciles heureux n'en fait pas partie. Pas d'histoires
abracadabrantes, de super-pouvoirs ou de petites bestioles immortelles
dans cette série de Eishô Shaku.
C'est au contraire au quotidien le plus prosaïque et le
plus noir que s'attache l'auteur. En (plus ou moins) courtes
histoires, à raison de 4 ou 5 par volumes, il met en
scène une série de situations plus glauques et
cyniques les unes que les autres. Famille de notables (le père
est médecin et candidat à la mairie de sa petite
ville) prête à tout pour éviter que leur
criminel psychopathe de fils soit confondu ; journal local qui
n'hésite pas à acculer au suicide un homme qu'il
accuse d'avoir tué sa femme alors qu'il le sait innocent
(le plus important, c'est de vendre du papier !) ; jeune fille
qui découvre, dans la prostitution, un bon moyen d'assouvir
ses fantasmes tout en gagnant beaucoup d'argent… Rien
ne manque à l'appel.
Alors, on grince des dents, on rit jaune, on s'offusque, mais
on est obligé de convenir, à chaque fois, que
la méchanceté complaisamment étalée
par l'auteur n'est jamais gratuite. Imbéciles heureux
s'appuie toujours sur la face la plus sombre de l'âme
humaine, sur les tentations refoulées, sur la frontière
ténue entre les actes manqués (par les lecteurs)
et le passage à l'acte (par les personnages du manga).
Mais surtout, si Imbécile heureux fonctionne aussi efficacement
c'est qu'il ne se contente pas de critiquer la société
japonaise contemporaine. Il explore le cœur des hommes
dans ce qu'il a de plus universel : la noirceur.
Le public japonais s'est reconnu dans cette série (12
volumes parus) adaptée pour la télévision
et le cinéma. Nul doute que les thèmes universels
qu'il véhicule lui assurent le même succès
chez nous.