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     BaNDe DeSSiNée
 
UNE JEUNESSE SOVIETIQUE
Nikolaï MASLOV

Denoël Graphic - 103 pages
Une bande dessinée, "témoignage" d'un pays et d'une époque qui, par son trait dépouillé et son ton "factuel" fait œuvre de grand reportage poignant de vérité, de vécu…


Pyongyang de Guy Delisle, Gorazde de Joe Sacco, Persépolis de Marjane Satrapi, d'autres encore… De plus en plus, le lecteur de bande dessinée se voit ouvrir de nouveaux horizons avec l'arrivée d'auteurs, souvent jeunes, sortes de grands reporters d'aujourd'hui, qui n'hésitent pas à se servir d'un mode d'expression autrefois réservé aux "petits Mickeys", pour témoigner sur leur époque, sur leur vécu.

Nikolaï Maslov est de ceux-là, à un détail près : il ne vit pas de son art. Veilleur de nuit dans un entrepôt de Moscou, il est un jour venu trouver Emmanuel Durand, un français libraire et éditeur en Russie, pour lui montrer ses premières planches. Quelques encouragements plus tard, le libraire se voyait proposer un marché simple : Maslov continuait sa bande dessinée si Durand pourvoyait à ses besoins en lui offrant les 200 euros mensuels que lui rapportaient ses nuits blanches dans son entrepôt. Pari sur l'avenir tenu.

La scène se déroulait en 2000, et quatre ans plus tard le projet est sous nos yeux, luxueusement édité par Denoël et préfacé par Emmanuel Carrère (L'adversaire) dont on ne saurait trop louer l'éclectisme et le talent.

Une jeunesse soviétique nous montre la Russie de l'intérieur, celle du jeune Nikolaï Maslov, né en Sibérie à la fin des années 50. Une Russie encore URSS dans les années 70 et 80. Une Russie grise et misérable où le quotidien est fait d'ennui et de pénurie. Une Russie qui manque de tout sauf de cette vodka qui coule à flot et transforme la beuverie systématique en sport national. Une Russie machine à broyer les individus à l'école, à l'armée, au travail, à l'hôpital… Une Russie grise et sans espoir.

Servi par un dessin faussement scolaire parfaitement adapté, entièrement réalisé au crayon noir, gras de préférence, le "reportage" de Nikolaï Maslov prend littéralement aux tripes et plonge le lecteur dans une sorte d'irrépressible désespoir. Ce désespoir communicatif dont on dit qu'il est l'apanage des âmes slaves, mais que l'on "touche du doigt" en se plongeant dans Une jeunesse soviétique.

Interrogé sur l'éventuelle poursuite d'une carrière si brillamment commencée, son éditeur doute que ce soit dans ses projets : "Il estime avoir fait ce qu'il avait à faire". Et tellement bien fait…


Joël Fompérie
© Jowebzine.com - Janvier 2005
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