Dans
Le combat ordinaire (3 volumes sortis à ce jour) Manu Larcenet
traite sensiblement - mais plus sérieusement - du thème
du Retour à la terre,
c’est-à-dire qu’il décrit un jeune homme,
adolescent attardé sur les bords, qui se décide à
devenir homme et à se confronter au monde.
Pourquoi traiter en une seule chronique des 3 tomes du Combat ordinaire
? Pas par fainéantise, ou pour faire d’une pierre trois
coups, mais simplement parce qu’une fois le premier tome lu,
on a envie de se jeter sur les 2 suivants !
Difficile donc de ne parler que d’un seul volume, et pas évident
d’évoquer toute l’histoire sans la déflorer.
Mais enfin je vous promets de ne pas vous faire le coup de vous raconter
la (les) fin(s) !
Dans le tome 1, on fait la connaissance de Marco, photo-reporter de
son état, dont la vie est à l’aube de (grands)
changements. C’est ainsi qu’on le trouve persuadé
qu’il va mieux après huit ans d’analyse assidue,
et fermement décidé à quitter son psy pour aller
de l’avant.
- Je vais mieux maintenant mais… si on devait résumer…
comment est-ce que vous définiriez mon état actuel ?
- Je crois qu’on peut dire que vous développez des comportements
profondément obsessionnels, accompagnés de névroses
diverses, elles aussi obsessionnelles.
Mais notre personnage ne flanche pas, il décide d’aller
de l’avant, en l’occurrence à la campagne où,
loin de tout et de tous (seul son chat l’accompagne), il accusera
le coup avant de faire des rencontres marquantes.
Des angoisses le hantent, jusqu’à en devenir malade,
et Larcenet matérialise ses réflexions intérieures
par le biais des planches en noir et blanc, avec un dessin plus classique.
Dans le deuxième tome, on assiste vraiment à la naissance
d’un homme, qui s’assagit, grandit, accepte de prendre
des risques, intimement et professionnellement… mais j’arrête
parce que je vais tout vous raconter.
Pour autant, si le ton est plus grave, plus mûr, plus sage,
ça reste du Larcenet, de celui qui sait nous faire rire, notamment
dans la complicité du personnage avec son frère avec
qui il peut "fumer des gros pétaaaaaaaard Georges"
!
Par contre, dans le troisième tome, Ce qui est précieux,
le ton est bien plus sérieux : le personnage a plus souvent
la tête dans les mains que dans les nuages.
Il est en deuil, confronté à la perte d’un être
cher et aux questions laissées sans réponse par celui
qui est parti. Il découvre combien il est complexe de comprendre
l’autre, de saisir ses angoisses, ses préoccupations,
et d’aider ceux que l’on aime.
Marco réfléchit donc sur les relations humaines, et
plus particulièrement sur sa relation au père, lui qui
se sent incapable de remplir ce rôle.
- De quoi tu as peur ?
- Mais du bébé, voyons ! C’est sale, ça
bave, ça dort jamais, ça n’a que peu de conversation,
et ça ne sait pas contrôler ses sphincters.
Bref, Marco mène ce combat ordinaire que chacun livre à
sa façon contre le racisme, l’intolérance, la
maladie, le vieillissement, la haine, la peur…