Très
bel album que cet Aigle sans orteils d'un Christian Lax qui
délaisse pour un temps la série du Choucas pour
un volatile d'un autre genre. A lire absolument : émotion
garantie.
"- Dites, Monsieur Peyroulet, je ne veux pas aller contre
la volonté de mon Amédée, mais vous croyez
que c'est bien raisonnable, cette idée de devenir coureur
cycliste ? Avec son infirmité... - Vous savez, Madame
Fario, dans la tête de votre petit-fils, il n'y a pas
d'infirmité ! Il n'y a qu'une énorme volonté,
comme pour compenser son handicap. Le mieux que l'on puisse
faire c'est de continuer à le soutenir."
C'est que malgré l'accident de montagne qui lui a coûté
ses dix orteils, Amédée Fario n'a qu'un rêve
: participer enfin à ce Tour de France qui vient de naître
avec le siècle et qui passionne les foules. Pensez donc
: des étapes dantesques de quatre ou cinq cents kilomètres
sur des routes à peine praticables et des héros
acclamés sur le bord des routes comme autant de dieux
modernes !
En 78 pages d'un superbe album créé directement
sur un papier de couleur qui accentue encore la sensibilité
d'un trait et d'une ambiance résolument rétro,
Christian Lax (que l'on connaît surtout pour sa série
du Choucas - et pas assez pour ses carnets de voyages) réussit
à nous transporter et nous passionner pour une histoire
peu ordinaire. Car même si son héros est de pure
fiction, on ne doute pas une seconde de la véracité
de cette histoire d'homme et de volonté. Histoire d'une
autre époque, plus dure, cruelle parfois, tragique finalement
quand la folie de la première Guerre Mondiale vient recouvrir
la vieille Europe de son linceul de deuil.
Une fois refermé L'aigle sans orteils, on sait que l'on
n'est pas près d'oublier Amédée et sa détermination
à toute épreuve, ni son destin extraordinaire
et tragique. On sait aussi que l'on aura plus de mal à
admirer les coureurs modernes escalader les cols à la
vitesse d'une mobylette au moteur gonflé…