Malgré
un scénario au potentiel exceptionel, Je suis légion
souffre du trait mal assuré de John Cassaday et de la
complexité de narration excessive de Fabien Nury.
Décembre 1942. Alors que l'issue de la Seconde Guerre
mondiale est incertaine, quelque part en Roumanie, les nazis
ont peut-être en leur pouvoir la clé de la victoire.
Cette arme absolue est une enfant douée d’un pouvoir
terrifiant qui coule dans ses veines. Par simple transfusion
sanguine, elle peut en effet transplanter son esprit de corps
en corps, permettant ainsi de mettre sur pied une armée
innombrable et irrésistible, composée d’hommes
invincibles qui ne connaîtraient ni la peur, ni la souffrance,
ni la trahison. Le responsable de ce projet baptisé Légion
est Rudolf Heyzig, haut dignitaire nazi froid et implacable.
Mais Karel Ricek, un résistant roumain déterminé,
reçoit l’ordre de le tuer. Une lutte acharnée
commence alors entre le bien et le mal…
Si le synopsis de ce premier volet d'une trilogie annoncée
est séduisant, il faut bien reconnaître que sa
réalisation est plutôt décevante.
D'abord parce que le scénario semble furieusement "inspiré"
de certains auteurs majeurs tels que James Herbert, Dan Simmons
(L'échiquier du mal) ou Joël Callède (Legion)
pour ce qui est du thème de la "possession"
du corps.
Ensuite parce que la narration adoptée semble surtout
imaginée pour "perdre" le lecteur en route.
Enfin parce que le dessin de l'américain John Cassaday,
issu de l'école des Comics, manque singulièrement
de la précision et de la force que nécessitent
ce genre d'entreprise ambitieuse. Au lieu de quoi, le trait
est médiocre et mal assuré, au point qu'il est
parfois difficile de reconnaître certains personnages
d'une planche à l'autre ! Heureusement, le travail de
la coloriste Laura Depuy parvient à redonner une certaine
personnalité à cet ensemble bancal.
Dès lors, la seule réelle motivation à
acheter les deux tomes à venir résidera dans la
curiosité du lecteur pour le déroulement du scénario
lui-même… si tant est que d'autres publications
plus réussies ne viennent pas lui voler la vedette à
ce moment-là.