Il
a fallu attendre la trente quatrième livraison du duo
Turk - De Groot, papas du célébrissime Léonard,
pour que je découvre que je n’avais pas encore
chroniqué d’album ! M’en vais corriger tout
ça avec ce Docteur génie et Mister "Aïe".
Léonard, vous connaissez ? Copie lointaine de son illustre
modèle Léonard de Vinci dont il a pour points
communs de vivre ses aventures à la même époque
et de partager un look assez proche, quoique approximatif, incluant
une barbe qui ferait pleurer tout ZZ Top (dans laquelle, pour
votre gouverne, il planque un tromblon toujours prêt à
servir, si on le contrarie un tant soit peu… donc tout
le temps ) !
Ce Léonard-là est bien évidemment aussi
un inventeur de génie. Faudrait demander à Turk
et De Groot à combien d’inventions leur héros
en est à ce jour. Pffffouuu, encore plus ! Répondrait
Léonard… Beaucoup trop répondrait le disciple
de ce dernier, véritable souffre douleur du génie
dont la devise est : "Je sers la science et c’est
ma joie", en essuyant ses larmes, et ça pour un
salaire que même nos chercheurs scientifiques trouveraient
plus ridicule que le leur.
Pour ma part, ce vieux prétentieux de Léonard,
bouffi d’orgueil m’énerve au plus haut point.
Beaucoup trop colérique à mon goût. Il paraît
que la fièvre inspire les créateurs : et Génie
sans bouillir alors ? (Oui, oui comme d’habitude elle
est nulle…). Heureusement que le disciple est là
!
Le disciple ! Aaahhh ! N’a jamais (ou si peu) inventé
grand-chose, et surtout pas la poudre, dit fielleusement Léonard.
Ne pense qu’à dormir profondément enfoui
sous sa couette (avec Raoul sur le ventre) et à échapper,
autant que faire se peut, à la virulente, quotidienne
et obsessionnelle boulimie d’expériences de Léonard,
conduisant à lui faire tester rigoureusement tout et
n’importe quoi pourvu qu’à la fin tout se
termine en catastrophe et en kilomètres de bandes velpo…
Je dirai même que ce pauvre disciple sort toujours lessivé
par le génie (et de deux !)… Plus que la liste
des inventions de Léonard, celle des blessures diverses
de ce malheureux bougre serait infiniment plus longue à
dresser.
Ajoutez à la galerie : Mathurine la cuisinière,
bonne à tout faire et dotée d’un caractère
de cochon presque aussi détestable que celui de son employeur
(elle demeure cependant, c’est notable, une des rares
à pouvoir tenir tête à l’irascible
vieillard) ; le "de plus en plus" indispensable Raoul,
le chat roux tigré philosophe et grand pote du dernier
personnage récurrent de la série, j’ai nommé
Bernadette, la souris (qui fait étrangement une simple
et très courte apparition dans ce 34e album).
Ce dernier album voit donc Léonard inventer le cabinet
médical et tous les travers de la médecine vus
depuis la salle d’attente, puis inventer ensuite le corps
des pompiers et tout le matériel qui va avec… non
sans avoir, entre deux, créé un chien en ferraille
dont Raoul vous dira tout le mal qu’il a eu à s’en
débarrasser ! De la rigolade au menu donc !
C’est toujours aussi finement dessiné et, après
33 albums, on marche toujours ! La performance est remarquable
car il est très difficile de tenir une telle série
sur une durée aussi longue (en planches uniques quasiment
pour tous les albums, à de rares exceptions près).
On devrait d'ailleurs fêter bientôt, sauf erreur
de ma part, les trente ans de Léo !
En attendant, marrez-vous bien en famille avec ce Léonard
dont les inventions sont parfois tout de même intéressantes
et toujours utiles… aux zygomatiques. En plus, peut-être
vous intéresserez-vous du coup à son aîné,
l’auteur de la Joconde dont je vous recommande chaudement
d’aller visiter la dernière demeure, le fameux
Clos Lucé en Touraine, où vous pourrez admirer
tout le génie du personnage qui a d’ailleurs, lui
aussi, inventé tout et n’importe quoi avec un talent
à laisser pantois notre Léonard de papier ! Mais…
mais je fais de la culture moi ? C’est génial !