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     BaNDe DeSSiNée
 
LE SANG DES VOYOUS

Scénario de Philippe PARINGAUX
Dessins de Jacques LOUSTAL

Casterman - 68 pages
Si le couple Loustal-Paringaux sévit depuis des lustres, il n’a encore sans doute jamais atteint le niveau de ce nouvel album à la noirceur fatale.


Dans le Paris un peu miteux de l’après-guerre, Louis est un tueur à gages de la pire espèce. Sans morale ni pitié. On le paie, il tue, point. Mais aujourd’hui, Louis est surtout un homme à l’agonie. Condamné à court terme par un mal mortel qui le ronge, il entreprend, titubant, de repartir sur les traces de sa propre histoire, pour régler ses comptes les armes à la main. C’est à la dérive sanglante d’un moribond que nous convient Philippe Paringaux et Jacques Loustal.

Le premier en concoctant sans doute le récit le plus sombre, le plus pessimiste qu’il se puisse concevoir. Celui de la noirceur humaine la plus profonde. Véritable nouvelle littéraire dont chaque mot serait pesé à l’aune du dégoût qu’il suscite, le texte du Sang des voyous est un condensé de tout ce que l’homme peu faire de moins reluisant. Drogue, alcool, prostitution… rien n’est épargné au lecteur qui suit, le souffle court, le pourtant si peu sympathique Louis dans sa cavale sanglante. Un à un, les fantômes de son passé (et quelques autres dont le seul tord est de se trouver au mauvais endroit au mauvais moment) tombent sous ses balles vengeresse. Jusqu’à la scène finale qui vient conclure en "apothéose" la tragédie d'un homme qui parachève sa quête avant de mourir en paix.

Pourtant, à lire et relire encore Le sang des voyous, à décortiquer chaque case, à étudier chaque scène, on finit pas de se demander qui du scénariste ou du dessinateur est le pus coupable du malaise "exaltant" qui nous saisit. C’est que Jacques Loustal, tableau après tableau, excelle à recréer le climat oppressant de la petite pègre des années cinquante. Dans un style fort éloigné de celui de l'autre Jacques (Tardi), il utilise la couleur, mais ne "nostalgise" jamais une époque finalement moins reluisante que le temps, la distance et les clichés de Robert Doisneau peuvent nous le laisser imaginer…

La conjonction de ces deux immenses talents offre aux lecteurs un album superbe et marquant. De ceux qui s'impriment durablement dans la mémoire. De ceux dont la trace est aussi indélébile que celle que laisse volontiers le sang qui se répand, fut-il celui des voyous.


Joël Fompérie
© Jowebzine.com - Novembre 2006
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