Massif
roman graphique, aussi volumineux qu'attachant : De mal en pis
est un véritable plaisir de lecture dont les personnages
deviennent nos amis au fil des pages.
La bande dessinée est décidément un art
à part entière, capable d'innovation, de renouvellement
et d'inventions originales qui n'en finissent de séduire
de nouveaux adeptes. Ainsi en est-il de l'apparition relativement
récente du roman graphique. Fruit des amours (in)dignes
de la littérature (pour la densité de son propos)
et du manga (pour la densité de sa pagination), le roman
graphique est en train de se tailler une belle place dans les
rayons spécialisés des librairies.
On avait déjà eu l'immense plaisir de vous parler
du Blankets de
Craig Thompson ou de Gorazde
de Joe Sacco (on aura certainement aussi l'occasion de se pencher
prochainement sur Gen d'Hiroshima de Keiji Nakazawa) qui, dans
des genres différents, sont de parfaits exemples de cette
tendance lourde. On pourrait en citer beaucoup d'autres, mais
c'est le gros ouvrage d'Alex Robinson qui retient notre attention
cette semaine en sa qualité de spécimen particulièrement
réussi de graphic novel (en version originale).
Voici donc Sherman, Ed, Dorothy, Stephen, Jane et quelques-uns
uns de leurs amis, new-yorkais approchant tranquillement la
trentaine et en butte à tous ces petits tracas de la
vie quotidienne qui finissent par révéler les
caractères : jobs précaires, problèmes
de colocation, amours et ruptures, alcoolisme, mesquineries,
rencontres, solidarité… Au travers d'une tranche
de vie de 600 pages dessinées serrées, Alex Robinson
nous embarque pour une sorte de Friends sans paillette qui fait
la part belle au réalisme, à l'ironie et à
une autodérision salutaire.
Pas de rebondissement ni de suspens insupportable dans ce "roman",
juste le plaisir de suivre les péripéties drolatiques
de la vie de ces ados attardés, qui tournent rapidement
autour d'un personnage étonnant, Irving Flavor, vieux
et irascible dessinateur de bande dessinée, "inventeur"
dans les années 50 de Nightstalker, un super-héros
à succès pour lequel il ne touche pas un centime
de royaltie puisque, moyennant 50 dollars, il avait à
l'époque cédé à son éditeur
tout droit sur ce personnage.
Entre affection pour les personnages et curiosité pour
leurs petits secrets, De mal en pis fait la preuve que l'on
peut passionner ses lecteurs avec peu de choses… mais
beaucoup de talent !