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     BaNDe DeSSiNée
 
CINEMA PANOPTICUM
Thomas OTT

L’Association
A la fin du XIXe siècle, les foires et les "freak shows" remportent un énorme succès. Le public aime à venir contempler les "monstres" humains dans les baraques foraines, il aime éprouver de la terreur devant ceux qui semblent contre-nature.


Un haut lieu de ces exhibitions fût le Panopticum de Berlin. Il ne faut donc pas s’étonner, en ouvrant Cinéma Panopticum, de se retrouver spectateur d’une galerie d’histoires toutes plus étranges les unes que les autres. Etranges, inquiétantes et qui repoussent les marges de la normalité.

Né en 1966 en Suisse, Thomas Ott érige au fil de ses albums un univers peuplé de solitaires errant dans un monde proche de la folie, où règne l’obsession de la mort.

Ici c’est une petite fille qui se promène dans une fête foraine à la recherche de l’attraction qu’elle pourrait s’offrir avec ses quelques pièces et qui, finalement, va pénétrer dans cet inquiétant cinéma où, pour une pièce, lui est donné à voir une histoire.

Cinq pièces, cinq histoires et des milliers de traits grattés sur la carte noire qu’utilise le dessinateur.
Cette technique particulière qui consiste à extraire le trait blanc de la carte noire par un grattage minutieux, et ici particulièrement talentueux, ajoute à la morbidité de la narration. Ce sont les traits qui parlent : aucun mot n’est prononcé. Comme un film muet, en petites vignettes ceintes de blanc, se déroulent les histoires imaginées par l’auteur.

En travaillant au plus près du noir, Thomas Ott dégage une lumière "à vif" ; en racontant des histoires sans parole, il impose à ses images des mouvements narratifs riches.

Ainsi la répétition des traits use peu à peu notre résistance, elle met patiemment à nu nos nerfs, nos émotions, notre rétine : les histoires de Thomas Ott nous coupent le souffle et éraflent dangereusement le vernis de la "normalité", celle qui nous rassure, mais souvent aussi qui nous aveugle.

La cinquième histoire nous fait définitivement basculer, et lorsque l’on referme le livre, notre environnement d’habitude si familier est soudainement plongé dans une inquiétante étrangeté.


Perrine Le Querrec
© Jowebzine.com - Juin 2005
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