À
mi-chemin entre la bande dessinée et le grand reportage,
le dessinateur Québécois Guy Delisle nous fait
découvrir à sa suite la Corée du Nord,
le pays le plus fermé de la planète.
Le dessinateur Québécois est voyageur. Guy Delisle
n'a pas 40 ans (il est né en 1966), mais il a déjà
à son actif un itinéraire impressionnant qui l'a
fait travailler à Berlin, Munich, Valence, Montpellier,
l'Ile de la Réunion puis la Chine et la Corée
du Nord !
Et comme Guy Delisle, outre son talent, est un petit malin,
il s'est dit que raconter ses expériences "exotiques"
à l'autre bout de la planète pouvaient constituer
des sujets d'albums intéressants… et il a bien
fait !
Après Shenzen, dessiné et édité
en 2000, à son retour de Chine, il publie, chez l'excellent
éditeur L'Association, un Pyongyang formidable dans lequel
il nous conte par le menu son séjour de 2 mois dans la
capitale nord-coréenne.
Mandaté par un studio européen pour superviser
l'élaboration d'une série animée, Guy Delisle
est précipité, dès son arrivée à
l'aéroport international de Pyongyang, sur une autre
planète, celle du premier régime communiste dynastique
où Kim Jong Il a succédé à son dictateur
de père, Kim Il Sung.
À mi-chemin entre la bande dessinée et le reportage,
Guy Delisle utilise son style dépouillé et efficace
pour cette visite guidée dans l'un des pays les plus
fermés du monde. Métro luxueux dont on ne peut
visiter que deux stations, ascenseurs qui ne fonctionnent pas,
culte de la personnalité, absence totale de liberté,
monuments gigantesques mais parfaitement inutiles à la
gloire du grand Leader, etc.
Pyongyang regorge de détails que l'on n'invente pas,
d'anecdotes savoureuses et cruelles, de curiosités...
Il est surtout un témoignage indispensable quand les
médias sont proscrits de ce pays prison qui se vante
de détenir l'arme nucléaire mais où la
famine est endémique et où seule l'aide internationale
permet encore d'éviter le pire.
La narration et le trait de Guy Delisle introduisent une dimension
poétique et humaine touchantes qui font de cet album
un modèle de bande dessinée adulte riche d'informations
politiques et culturelles, mais qui ne néglige jamais
l'humour et le décalage. On dévore littéralement
les 180 pages de ce livre avec la même avidité
que s'il s'agissait d'une œuvre écrite à
quatre mains par Orwell et Kafka. Passionnant et terrifiant
!