Après
l’intégrale du monumentale Ibicus, Pascal Rabaté
change de registre, mais confirme son statut de surdoué avec
des Petits ruisseaux inoubliables.
Pascal Rabaté est un génie. Voilà bien, je le
sais, le genre d’affirmation péremptoire qui suscite,
au mieux, la méfiance, et au pire l’ironie. Pourtant,
je n’hésite pas à réitérer mon affirmation
: Pascal Rabaté est bien un génie de la bande dessinée.
D’abord par son trait virtuose, sensible et évocateur.
Un dessin riche de vie et d’humanité. Un traitement de
la couleur toujours juste, précis et modeste… même
quand cette couleur se "limite" au noir, au blanc et à
leurs camaïeux de gris qui ont fait notre admiration dans Ibicus,
son grand-œuvre chroniqué ici même il n’y
a pas si longtemps.
Avec Les petits ruisseaux, Pascal Rabaté replonge pourtant
son pinceau dans les "vraies" couleurs de la vie contemporaine.
Celle, paisible et routinière, d’Emile et Edmond, deux
vieux copains, retraités et veufs. Leur passe-temps favori
: la pêche à la ligne. A priori, pas de quoi justifier
le sous-titre de l’album : sex, drug and rock’n’roll
! Et pourtant…
C’est là qu’entre en scène de façon
éclatante la deuxième facette du génie de Pascal
Rabaté : celle de conteur hors pair. En moins de cent pages,
il va tourner et retourner son lecteur dans tous les sens, multiplier
les rebondissements et les changements de trajectoire sans que jamais
on ne doute de la crédibilité de son récit. En
un mot comme en cent, on va suivre les tribulations pépères
de nos retraités comme s’il s’agissait d’un
film d’action tonitruant bourré de stars liftées
et d’effets spéciaux explosifs.
On y trouvera bien du sexe, de la drogue et du rock’n’roll
(au moins du bon folk de derrière les fagots), mais on y trouvera
aussi beaucoup d’autres choses qui nous touchent au cœur
: de l’amitié, de l’amour, du rire (les textes
sont de pures petites merveilles), de l’espoir, de la mort aussi…
bref, de la vie ! De celle qui réconcilie avec une existence
formatée et transforme l’avenir (la vieillesse) en folle
espérance, en adolescence recommencée, en insouciance
assumée. Alors vivement la retraite et la pêche à
la ligne !