Le
69e tome des enquêtes de Ric Hochet ne fait que confirmer
la gentille ringardise dans laquelle le personnage de Tibet
s'enfonce inexorablement. Un peu de sang neuf serait bienvenu.
Du classique au menu d'aujourd’hui : le dernier Ric Hochet.
Enfin le dernier… La soixante-neuvième enquête
pour être précis et, à mon avis, Tibet étant
du genre auteur hamster, ses albums ont une furieuse tendance
à se reproduire rapidement et il y en aura donc d’autres
(le 70e est d'ailleurs déjà annoncé !).
Je vous ai déjà parlé de Tibet et de tout
le bien que je pense de la série Chick Bill à
l’humour ravageur. Mais surtout ne confondez pas Chick
Bill et Ric Hochet qui, bien qu'issus du même crayon,
n'ont pas grand chose à voir entre eux (sauf, encore
une fois, un nombre d’albums très conséquent).
Autant l’une poursuit gentiment son chemin dont les recettes
intemporelles sont toujours efficaces (évidemment, je
parle de Chick Bill), autant notre ami Ric Hochet est, depuis
un paquet d’albums, un rien ringard…
Oui oui, je sais, je suis un peu dur, mais bon, voilà
une bonne quarantaine d’années que notre ami est
reporter du journal indépendant La Rafale ! Tiens, j’ouvre
une parenthèse (j’aime bien ça) : ne trouvez-vous
pas amusant qu’un journal indépendant s’appelle
La Rafale, alors qu’une bonne partie de la presse actuelle
a perdu depuis belle lurette son indépendance en se couchant
sous un homme qui vend justement des Rafales !? C’est
la seule pointe d’humour (involontaire ) que je trouve
encore dans Ric Hochet, moi…
Ric Hochet est à La Rafale donc… Ric Hochet est
un "porschiste" fidèle (voilà près
de 40 ans qu’il roule dans la belle allemande, toujours
jaune, mais il a tout de même changé de modèle
pour rester moderne et toujours dans son époque. Choix
judicieux qu’il n’a pas appliqué à
sa garde robe, puisqu’il s’évertue à
trimballer son éternelle veste mouchetée blanche
et noire, son pantalon bleu et son polo rouge dont on peut penser
qu’il a eu la bonne idée de faire fabriquer par
son tailleur un sacré paquet d’exemplaires dès
le début de ses aventures ! Je ne vois pas d’autre
hypothèse, sachant que dans chaque album, Ric Hochet
se roule par terre, saute dans tous les sens (entendez "bondit
en tous sens", nous sommes dans la BD jeunesse), se fait
tirer dessus, se bagarre allègrement… bref, ne
fait rien pour prendre soin de ses affaires ! Il en dispose
donc de plusieurs… Ha ha, moi aussi je suis un peu détective
à mes heures et je me pique de résoudre de sacrées
énigmes !
L’univers de Ric Hochet est à son image : quasi
immuable. Le commissaire Bourdon (toujours commissaire, je rappelle
que l’on n'utilise plus cette terminologie que chez Navarro
sur TF1), le professeur Hermelin, une tête à baffes
comme on n'en fait plus et le papa de Ric, cette vieille ex-canaille
qui s’est enfin assagi pour entrer dans la série
il y a maintenant quelques lustres. Seule la nièce de
Bourdon, à l’origine gamine, a évolué
pour devenir une jolie jeune fille, ce dont ce cochon de Ric
a profité en se "maquant" avec la belle. C’est
l’exception qui confirme la règle. Pas si bête
le Ric !
Quel rapport avec l’album 69, alors ? Et bien c’est
un Ric Hochet ! Au début, on trouve le gros vilain gourou
d’une secte (très à la mode chez les scénaristes
classiques, le filon des sectes en ce moment) qui fait rien
qu’à embêter tout le monde et, bien sûr,
Ric Hochet dont il pousse la taquinerie jusqu’à
lui bousiller sa Porsche ! Comme d’habitude, nous aurons
droit à une foule de rebondissements qui sont supposés
faire vivre l’intrigue, mais dont, hélas, les ficelles
sont toujours les mêmes (M’sieur Duchateau, faut
passer à autre chose !) et ne surprennent plus que les
lecteurs qui découvriraient aujourd’hui Ric Hochet…
Et évidemment, Ric va gagner et corriger ce sombre escroc.
Si donc vous découvrez, ça se laisse lire car
le dessin a toujours autant d’attrait. Sinon, pour les
anciens, sans revenir forcément à Traquenard au
Havre, la première aventure de Ric, lisez plutôt
les histoires, disons des 20 premiers albums, lorsque Tibet
était haut dans Tintin (à ne pas confondre avec
Tintin au Tibet, rien à voir… mais ça me
fait un jeu de mots vaseux dont je raffole !).
Ric Hochet, nous dit la quatrième de couverture, est
un des héros favoris des 7 à 77 ans. Soyons réalistes
: de 45 à 77 ans je veux bien, mais pour les plus jeunes
qui viennent squatter assez souvent ma bédéthèque,
j’ai pas une grosse demande… et c’est un euphémisme
!
Avec tout le respect dû à Tibet (surtout pour Chick
Bill et mon héros Kid Ordinn), je lui suggère
de prospecter les nouveaux scénaristes (il doit bien
y en avoir), afin de rajeunir notre ami Ric en lui donnant une
couleur actuelle, ou bien de situer toutes les futures aventures
dans un contexte des années 60/70. Il y a trop de décalage
entre le look et les valeurs du héros et les scénarii
sur lesquels il évolue. D’ailleurs, Hermelin et
Bourdon s’en sont bien rendu compte en ne cherchant même
pas à paraître dans le coup.
Sur l’eau, il faut un caillou plat (demandez à
Brassens), mais dans la BD, c’est pas avec des scénarii
plats qu’on fait des bons Ric Hochet…