Scénario de Florent RUPPERT
Dessins de Jérome MULOT
L’Association - 58 pages
Une
guerre indéterminée quelque part au soleil, des officiers
crétins sous le casque colonial, des soldats tout autant, un
navire de guerre à gros canons, le désert, deux journalistes
en reportage. On tue gratuitement, hommes ou bêtes, non sans
une certaine élégance. Si l’intérêt
de la bande dessinée agit aussi sur sa capacité à
nous questionner différemment, ce Safari-là est une
réussite inhabituelle. Loin du postulat classique du récit
bédéiste, on n’y cherchera en vain une histoire
avec son héros, sa problématique et sa résolution
finale. Ici pas de début et surtout pas fin, on trouvera beaucoup
mieux : une sollicitation constante de notre propre imaginaire.
L’humour est sombre, corrosif. Les saynètes se succèdent
autour du fil rouge de cette guerre invisible que l’on ne fait
que deviner, décalées improbables et pourtant tellement
justes. Personnages pathétiques, souvent pitoyables, situations
absurdes, la bêtise en étendard triomphant.
Avec de petits riens, les auteurs nous reconstituent un monde que
l’on va s’approprier. Outre le trait minimaliste, la ligne
élégante, les dialogues, la mise en cases, ce qui frappe
chez Ruppert et Mulot est cette prise de recul face à la violence,
physique ou morale. Aucune morale à attendre des auteurs. Si
le trait est léger, il amène le sens. Derrière
leur brutalité froide, militaire, faite d’aberrations
ordinaires, d’homophobie, de pendaisons de déserteurs,
les personnages sont terriblement vivants et proches de nous. Lorsque
l’on pose le livre, ils nous manquent. Au point que l’on
espère déjà la suite de leurs aventures.