Casterman
vient de prendre une initiative remarquable : la compilation
et lédition en album des premières aventures
de Canardo, le légendaire détective privé
des basses-cours. Profitons donc de laubaine pour mettre
sous le feu des projecteurs notre anti-héros absolu,
sorte de mélange entre Colombo (pour limper douteux
et la dégaine de looser) et Phil Marlowe (pour le penchant
irrépressible pour la clope et la bouteille).
Mais avant cela, deux mots sur lunivers de Benoît
Sokal, le génial "inventeur" de linspecteur
Canardo et dernier tenant de la bande dessinée "animalière"
adulte. On ne trouve en effet, ici, que cochons, rats, poules,
renards et autres "volatiles" de la même espèce
incarnant au plus juste les traits de caractères tellement
humains des personnages quils interprètent.
Or donc, voici un privé éminemment attachant présenté
sous les traits dun canard (doù son nom,
évidemment) dont les enquêtes nous sont narrées
au fil de la douzaine dalbums parus à ce jour.
Evoluant toujours dans les bas-fonds de la société,
entre tripots, maisons de mauvaise vie et bars louches, Canardo
trouve toujours sur sa route plus largué que lui. Cynique,
pragmatique, un peu lâche mais jamais dupe, il promène
son mal de vivre au fil dhistoires plus noires et plus
désespérantes les unes que les autres. Et surtout,
grâce à sa grande amie, la bouteille dalcool
fort, il essaie doublier lamour de sa vie, cette
Clara qui ne laime pas (à moins que...), qui le
fuit, mais quil trouve régulièrement sur
son chemin.
Dans le tome 0 qui vient de paraître, on retrouve, au
travers dune grosse poignée dhistoires courtes,
le Canardo davant le premier album. Un peu comme si de
nombreux courts-métrages avaient précédé
le premier "vrai" film. Dans une veine un peu plus
loufoque mais déjà totalement désespérée,
Sokal décode tous les trucs du polar classique pour notre
plus grande joie nostalgique. Opportunément colorisés
(les originaux parus dans les magazines spécialisés
à la fin des années 70, puis dans un premier album,
étaient en noir et blanc), ces récits nous plongent
dans des histoires noires et cyniques qui sont la marque de
fabrique de ce dessinateur.
Alors un conseil : servez-vous un bon whisky millésimé,
affalez-vous dans un de ces vieux fauteuils club en cuir patiné,
baissez la lumière et plongez-vous dans cet album et
tous les suivants. Entre ironie et noirceur de lâme,
le plaisir vénéneux inoculé par les aventures
de linspecteur Canardo vous sera délicieux.