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     BaNDe DeSSiNée
 
CANARDO
Tome 0 - Premières enquêtes

Benoît SOKAL

Casterman - 48 pages
Casterman vient de prendre une initiative remarquable : la compilation et l’édition en album des premières aventures de Canardo, le légendaire détective privé des basses-cours. Profitons donc de l’aubaine pour mettre sous le feu des projecteurs notre anti-héros absolu, sorte de mélange entre Colombo (pour l’imper douteux et la dégaine de looser) et Phil Marlowe (pour le penchant irrépressible pour la clope et la bouteille).

Mais avant cela, deux mots sur l’univers de Benoît Sokal, le génial "inventeur" de l’inspecteur Canardo et dernier tenant de la bande dessinée "animalière" adulte. On ne trouve en effet, ici, que cochons, rats, poules, renards et autres "volatiles" de la même espèce incarnant au plus juste les traits de caractères tellement humains des personnages qu’ils interprètent.

Or donc, voici un privé éminemment attachant présenté sous les traits d’un canard (d’où son nom, évidemment) dont les enquêtes nous sont narrées au fil de la douzaine d’albums parus à ce jour. Evoluant toujours dans les bas-fonds de la société, entre tripots, maisons de mauvaise vie et bars louches, Canardo trouve toujours sur sa route plus largué que lui. Cynique, pragmatique, un peu lâche mais jamais dupe, il promène son mal de vivre au fil d’histoires plus noires et plus désespérantes les unes que les autres. Et surtout, grâce à sa grande amie, la bouteille d’alcool fort, il essaie d’oublier l’amour de sa vie, cette Clara qui ne l’aime pas (à moins que...), qui le fuit, mais qu’il trouve régulièrement sur son chemin.

Dans le tome 0 qui vient de paraître, on retrouve, au travers d’une grosse poignée d’histoires courtes, le Canardo d’avant le premier album. Un peu comme si de nombreux courts-métrages avaient précédé le premier "vrai" film. Dans une veine un peu plus loufoque mais déjà totalement désespérée, Sokal décode tous les trucs du polar classique pour notre plus grande joie nostalgique. Opportunément colorisés (les originaux parus dans les magazines spécialisés à la fin des années 70, puis dans un premier album, étaient en noir et blanc), ces récits nous plongent dans des histoires noires et cyniques qui sont la marque de fabrique de ce dessinateur.

Alors un conseil : servez-vous un bon whisky millésimé, affalez-vous dans un de ces vieux fauteuils club en cuir patiné, baissez la lumière et plongez-vous dans cet album et tous les suivants. Entre ironie et noirceur de l’âme, le plaisir vénéneux inoculé par les aventures de l’inspecteur Canardo vous sera délicieux.


Joël Fompérie
© Jowebzine.com - Décembre 2002
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