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     BaNDe DeSSiNée
 

LE CRI DU PEUPLE

Jacques TARDI
D'après le roman de Jean VAUTRIN

Tome 1 - Les canons du 18 mars
Casterman - 80 pages

Tome 2 - L'espoir assassiné
Casterman - 80 pages

Tome 3 - Les heures sanglantes
Casterman - 80 pages

Un quatrième tome à paraître en 2004

Un formidable roman populaire qui devient une bande dessinée culte, c'est le destin du Cri du peuple de Jean Vautrin adapté et mis en images par Jacques Tardi.


C'était écrit, ou plutôt dessiné, dès l'origine. Quand Jean Vautrin publie Le cri du peuple en 1999 chez Grasset, c'est Jacques tardi qui se charge de la couverture et pousse même la passion pour ce roman historique "à l'ancienne" jusqu'à esquisser, en incipit, les portraits des trois personnages principaux.

D'ailleurs, Jean Vautrin le dit lui-même dans la préface du premier volume de la bande dessinée : "[…] Lorsque Tardi a commencé à [esquisser] la tronche d'Horace Grondin et la moustache de Tarpagnan, quand, à main levée, il a tracé les attitudes de quelques femmes du peuple et le minois de la Pucci, j'ai retenu mon souffle. Un peu plus tard, […] il a émis l'intention d'adapter et de dessiner le projet et c'est seulement tandis qu'abasourdi de tant de bonheur, je lui disais mon enthousiasme, que j'ai réalisé [que] j'avais échaffaudé depuis belle lurette, à mon propre insu, le plan selon lequel ce serait lui, personne d'autre, à qui reviendrait le fantastique travail de donner une forme à la tourbe de mes rêves. Ainsi savais-je depuis la parution du Cri du peuple, que Tardi était l'homme providentiel, le regard irremplaçable […]." Tout est dit.

Commencée en 2001 avec Les Canons du 18 mars (Alphart du public et Alphart du dessin au festival d'Angoulême 2002), cette saga devrait s'achever en 2004 avec un quatrième et dernier volume. Aujourd'hui, le troisième et avant-dernier album, intitulé Les heures sanglantes, est paru et le rêve de Jean Vautrin est largement réalité. Le nôtre aussi. Sous nos yeux s'anime à nouveau l'épopée de la Commune, la révolte du petit peuple qui, deux mois et demi durant, a tenu le flambeau d'un espoir de justice sociale et de fraternité des hommes.

De son trait noir et précis, Tardi a prolongé le travail d'un Jean Vautrin qui avait lui-même suivi la trace des Dumas, Hugo et Sue. Il a adapté et dessiné ce vaste roman épique en donnant le meilleur de son talent dans la reconstitution du Paris du XIXe siècle. Des taudis infâmes de la butte Montmartre aux lustres de l'Hôtel de Ville, des bordels de Saint Ouen à la Place Vendôme dont la colonne, "monument de barbarie, symbole de force brute, affirmation de militarisme, négation du droit international, insulte permanente des vainqueurs aux vaincus", est mise à bas par les insurgés.

Trois albums déjà, qui sont comme le témoignage d'une époque enfuie, comme une leçon d'histoire passionnante parce que jamais simplificatrice. Si l'histoire est dense, les personnages ne le sont pas moins. Denses et attachants, complexes et entiers. On plonge dans ces planches comme dans une super-production cinématographique. On tremble, on vibre, on se révolte, on marche dans la boue et l'on a froid et faim avec les miséreux qui se battent pour un monde nouveau. Et puis on parle une langue truculente que l'on a depuis longtemps oubliée mais que l'on comprend pourtant à tous les coups.

Ce grand moment de bande dessinée adulte mérite l'attention que l'on porte habituellement aux œuvres littéraires de premier ordre. Elle contient l'émotion et la richesse cumulées de deux talents singuliers : un grand écrivain populaire et un dessinateur rare.


Joël Fompérie
© Jowebzine.com - Décembre 2003
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