Un
nouveau Tardi est toujours un événement. A fortiori
s'il ne s'agit pas d'un album, mais de la pré-publication des
premières planches d'un ouvrage prévu lui, dans son
intégralité, pour octobre 2006.
Jusqu'à présent, il arrivait que l'on puisse lire, dans
tel ou tel journal ou magazine, les bonnes feuilles d'un futur album
de bande dessinée. Avec L'étrangleur, Jacques Tardi
et Casterman proposent une approche radicalement différente
de la pré-publication : la création et la diffusion
(payante) d'un journal entièrement dédié à
ce nouvel album !
En l'occurrence, chacun peut se procurer, moyennant le prix modeste
de 1,80 euros, le numéro 1 d'un mensuel contenant les quatorze
premières pages du Secret de l'étrangleur. Et au fil
des quatre numéros suivants, les soixante-dix pages de l'histoire
intégrale seront ainsi dévoilées au public…
qui pourra ensuite acheter la version complète dans un album
prévu pour octobre.
Mais l'originalité du projet ne s'arrête pas là.
L'étrangleur est imprimé sous la forme (et dans le format)
d'un journal des années 50 dont les première et dernière
pages sont consacrées à des "faits d'actualités"
imaginés et illustrés par un Tardi décidément
très en verve. Article sur à la grève des policiers
parisiens, chronique cinéma, reportage sur la guerre d'Algérie,
météo et même "réclame" : rien
ne manque à ce faux journal plus vrai que nature.
Pas même l'essentiel : le début de l'adaptation de Monsieur
Cauchemar, un roman noir de Pierre Siniac. On retrouve ainsi le libraire
Valentin Esbirol, un bien inquiétant personnage, suivant sa
future victime, le sympathique acteur Gaston Malinguet, dans les ruelles
désertes, sombres et brumeuses d'un Paris hivernal propice
aux noirs desseins de l'assassin. Le décor est planté,
les personnages en place, le mystère épais… ne
reste plus au lecteur impatient qu'à piaffer jusqu'à
la parution du numéro 2 !