Le
Paris des années cinquante en vedette du nouvel album de Tardi
: pas une franche nouveauté, mais un plaisir toujours aussi
intense.
Un album d’abord publié en cinq fascicules dont le prix
unitaire (1,80 euro) est loin d’être négligeable.
Puis un album récapitulatif qui permet à l’auteur
de doubler la mise auprès de ses fidèles. Et pour couronner
le tout, trois fin alternatives ajoutées à la version
originale… mais sur des pages non découpées pour
éviter la lecture "sauvage" des petits malins qui
trouveraient qu’ils ont déjà été
suffisamment taxés !
Sans écarter totalement les effets d’un début
de parano, j’ai tout de même l’impression persistante
que le Monsieur Marketing de Casterman est en train de prendre définitivement
le pouvoir dans cette honorable maison.
Cela étant exposé, il convient de revenir à l’essentiel
: la parution dans un format classique du nouveau Tardi. Les afficionados
le savent depuis longtemps : le terme "nouveau" n’est
d’ailleurs pas le plus adapté lorsque l’on parle
du travail du grand Jacques. Même trait noir et dense, mêmes
décors parisiens, mêmes années cinquante coincées
entre une après-guerre difficile et des sixties frivoles.
Cet hiver-là, la capitale est empêtrée dans un
brouillard persistant, un froid vif et une grève des fonctionnaires
de police. Autrement dit, toutes les conditions sont requises pour
que l’étrangleur de minuit passe à l’action.
Et le bougre ne s’en prive pas : une victime par nuit pendant
presque une semaine !
Au fil des pages, on suivra la sarabande macabre de Valentin Esbirol,
auteur raté d’un polar jamais publié, bouquiniste
par nécessité et assassin par amour de la belle ouvrage.
Mais attention ! Pas question ici d’angoisse frissonnante ni
de description morbide. C’est tout en humour et légèreté
que Tardi (et Siniac) nous entraîne sur le pavé nocturne
et luisant des quartiers parisiens.
On ne boudera donc pas notre plaisir de lecteur et, muni d’un
coupe-papier, on ira jusqu’au bout du suspense (et de la séance
de travaux manuels proposée par l’éditeur) pour
découvrir les suppléments cachés après
les 84 pages officiellement recensées.
Mais on ne nous ôtera pas de l’idée que, si l’on
ne connaît pas encore tous les secrets de l’étrangleur
de Tardi, on connaît déjà le secret de l’étrangleur…
de notre porte-monnaie !