TRIBUTE A DICK
ANNEGARN
Le grand dîner
(Tôt ou Tard - 2006)
1. M - Ubu
2. Alain Bashung - Bruxelles
3. Mathieu Bogaerts - Les Tchèques
4. Alain Souchon et Dick Annegarn - Tourne en rond
5. Thomas Fersen - Sacré géranium
6. Calogero - Attila Joszef
7. Bénabar et Bertrand Belin - Que toi
8. Red Legs - Quelle belle vallée
9. Mathieu Bogaerts et M
- Bébé éléphant
10. Louis Chédid - Volet fermé
11. Agnès Jaoui et Dick Annegarn
- La transformation
12. Arthur H et De Kift - La limonade
13. JP Nataf - Le saule
14. Sanseverino - Mireille
15. Christophe - Ca pue
16. Arno - Ubu
"Dansez
sur moi" disait Nougaro … "Mangez sur moi" propose
Dick Annegarn en faisant de son grand corps lové dans sa guitare
une table pour poser les verres, les assiettes et des chaises autour.
Le grand dîner, c’était une chanson dans son délicieux
premier album (1974) : une histoire d’invités qui ne
venaient pas. Cette fois, ils sont venus, nombreux et respectueux.
Tant mieux, car il est plus que temps que l’on remette à
la place qu’il mérite ce monument de la chanson française
qu’est Dick Annegarn. Et rien que pour cela nous saluerons et
applaudirons cette initiative en forme d’hommage à laquelle
s’est associée la fine fleur de la nouvelle scène
hexagonale avec le renfort de quelques anciens.
Tout est bon pour ouvrir les oreilles du peuple aux merveilles de
la poésie, des musiques et de la voix de Benedictus Albertus
Annegarn. Et si cette compilation pouvait les orienter vers ses œuvres
complètes et originales (de Sacré géranium en
74 à Plouc en
2005), on pourra dire qu’elle aura joué son rôle.
Quant aux fans (comme moi), ils prendront plaisir à découvrir
les réussites, les bof et les ratages qui sont l’immanquable
lot de ce type de tribute.
Grosso-modo, deux époques sont ciblées : tout d’abord
la mythique 74/75 (les débuts) puis celle du retour 97/00.
Difficile de se planter en piochant dans le premier album (abondamment
pioché, d’ailleurs, puisqu’il représente
la moitié des 16 titres ici présents !).
Ainsi, M balance facilement un sympathique Ubu légèrement
reggaeïsé (contrairement à Arno auteur d’un
massacre en règle du même titre en fin d’album)
alors que Bashung nous livre une splendide interprétation du
merveilleux Bruxelles. Sacré géranium va comme un gant
(de jardin) à Thomas Fersen, au point que c’en est troublant.
Bébé éléphant passe très bien en
duo haut perché M/Bogaerts et Louis Chédid réussit
son Volet fermé, option "fidèle à l’original".
Mais quelle souffrance à l’écoute de la - pourtant
extraordinaire chanson - Transformation où la voix à
moitié juste et complètement horripilante d’Agnès
Jaoui vient doubler celle de Dick Annegarn en personne (lui, si perfectionniste
d’habitude, comment a-t-il pu accepter ?) !
Tourne en rond, entre l’inattendu Souchon et son hôte,
tourne très rond, comme un bon vin. Quant à l’incontournable
Mireille, c’est Sanseverino qui se l’approprie dans son
sympathique carcan jazz-manouche.
Ceux qui ont fait le choix d’aller picorer dans le menu post-97
ont également fait le choix de présenter des morceaux
moins connus, issus pourtant des excellents albums sortis chez Tôt
ou Tard ces dernières années (Approche-toi et Adieu
verdure, notamment). On y trouvera, selon le cas, du "à
boire" et du "à manger".
On commence par le gros carnage : Attila Joszef par un Calogero (mais
qu’est-il venu faire ici ?) plus lourd et plus pompier que jamais.
Affreux.
La médiocre reprise de Quelle belle vallée n’a
quant à elle aucun intérêt (d’ailleurs Jeanne
Cherhal et JP Nataf ont préféré se cacher derrière
un pseudo : Red Legs).
On préfère La Limonade par Arthur H bien fraîche
et bien pétillante avec ses reflets banjo-cuivrés, Les
Tchèques par Mathieu Bogaerts impec en ambiance jazzy-fifty,
Le saule par JP Nataf un peu solennel mais assez finement ciselé
et même Que toi, avec son face à face entre le musicien
Bertrand Belin et l’homme d’affaires Bénabar (à
noter que le premier, guitariste de l’autre dans la vie, chante
manifestement environ dix fois mieux…).
Reste le cas Christophe dont on ne sait trop que penser de son expérimental
Ca pue, façon blues déstructuré à la machine.
Ou plutôt, on préfère ne pas le dire…
Au final, un excellent moment comme à chaque fois que les chansons
de Dick Annegarn sont dans l’air. Et puis franchement, ça
nous fait tellement plaisir de revoir sa trogne et ses œuvres
sous les feux de l’actualité !