ANTONY AND
THE JOHNSONS
I am a bird now
(Rough Trade - 2005)
1. Hopes there's someone
2. My lady story
3. For today I am a bou
4. Man is the baby
5. You are my sister
6. What can I do?
7. Fisfull of love
8. Spiralling
9. Free at last
10. Berd guhl
Chef
d’œuvre intégral. I am a bird now est un album d’une
simplicité et d’un lyrisme sans égal. La voix
d’Antony donne un sens au mot "émotion".
On croit être blasé, on parodie Mallarmé. La chair
est triste et on a lu tous les livres, vu tous les films, écouté
toutes les musiques. Bref, on n’espère plus aucune étincelle.
On se contente d’apprécier le timbre de voix d’un
tel ou d’une telle. On apprécie, on goûte, on chipote
dans son plat, mais on n’aime pas.
Comme c’est triste d’oublier ce qu’est l’amour.
D’oublier ce que sont les frissons ou les larmes aux yeux, l’impression
que fait sur nous la beauté.
Heureusement, l’oubli est pour les cœurs secs, pour les
technocrates habitués à disséquer leurs tourments
en forme de courbes, de camemberts, de ratios. Heureusement car quand
on s’y attend le moins, on reprend courage et on recommence
à espérer. Pour cela, il faut rencontrer un peu de beauté,
quelque chose qui bouleverse et nécessite d’ouvrir les
yeux et les oreilles.
Antony and the Johnsons, dont l’album I am a bird now est sorti
au début de 2005, est un groupe dont la découverte peut
vous permettre, si vous êtes encore un peu sensible, d’avoir
la force de continuer à vivre. Rien de moins.
Antony Hegarty est né en 1971 dans le Sussex, en Angleterre.
En 1978, après un passage de 18 mois à Amsterdam, il
quitte l’Europe et émigre avec ses parents en Californie.
Il y restera jusqu’en 1995. Puis ce sera New York où
il se produira sur diverses scènes, accompagné d’un
groupe dont les membres varient mais qui a pour nom générique
The Johnsons.
En 2000, il enregistre un premier disque (qui ressortira en 2004).
Un producteur l’écoute et tombe sous le charme. Ce producteur
envoie le disque à Lou Reed qui craque à son tour. Antony
chantera sur Animal serenade, un album Live de Lou Reed, une reprise
de Candy says du Velvet Underground. Il chantera aussi sur l’album
concept de Reed tiré des poèmes d’Edgar Poe, The
raven.
Lou Reed vante la voix angélique d’Antony. Cette voix
que Wikipédia compare à un croisement entre Brian Ferry
et Nina Simone. Lou Reed a raison : cette voix est incroyable, jamais
entendue auparavant. Elle vous remue de fond en comble, tord vos tripes
et essore ce qui vous sert d’âme.
Lou Reed n’est pas la seule bonne fée à accompagner
I am a bird now (il introduit Fistfull of love, chanson sublime).
On rencontre, au hasard des titres, les voix de Devendra Banhart,
de Rufus Wainwright
et de Boy George.
La présence de Boy George est émouvante car l’écoute
de ses albums a permis au jeune Anthony d’assumer sa sexualité
et de magnifier ses thèmes : ambiguïté sexuelle,
trouble homme-femme, travestissement.
Qu’il s’agisse de la pochette de son disque ou de ses
clips, il est évident qu’Antony attache une importance
toute particulière à l’image. On reconnaît
l’influence de Nan Goldin notamment et de ses drag queen trop
maquillées ou démaquillées.
Il est à noter que ces thèmes dépassent l’équivoque
pour accéder à la pureté. Le monde d’Antony,
sous ses apparences interlopes, amène l’auditeur à
un bain dans une fontaine d’eau claire.
Dans les dix titres d’I am a bird now, il n’y en a pas
un à jeter. Cet album est à cent coudées au-dessus
de la mêlée. L’écouter et le réécouter
vous aidera dans les moments de désespoir et sera le mètre-étalon
de vos émotions. Désormais, vous penserez "qui
saura me bouleverser avec autant de grâce qu’Antony ?"