1. Extraordinary machine
2. Get him back
3. O’Sailor
4. Better version of me
5. Tymps (the sick in the head song)
6. Parting gift
7. Window
8. Oh well
9. Please please please
10. Red red red
11. Not about love
12. Waltz (better than fine)
Extraordinaire
! Après bien des complications, Sony autorise la sortie
du troisième album de l’immense Fiona Apple. Une
chance pour tous ses fans et une belle victoire pour la musique
!
Six ans ! C’est le temps qu’il aura fallu pour que
When the pawn, le second album de Fiona Apple, trouve un successeur.
La raison de cette longue attente s’explique par les nombreuses
complications qui ont jalonné l’enregistrement
de ce troisième album.
En effet, une première version de Extraordinary machine
produite par le fidèle Jon Brion et prête depuis
février 2003 ne convenait pas à Sony. Motif de
la maison de disque : un album pas assez commercial car dénué
de tube potentiel ! Comme quoi, on peut avoir vendu plus de
trois millions d’albums et ne pas avoir toute la confiance
de son label !
Toutefois, à la décharge de Sony, plusieurs écoutes
assidues des deux versions de l’album amènent objectivement
à concéder que la version enregistrée par
Jon Brion, bien que plus cohérente et plus surprenante
dans ses arrangements profite moins, à quelques exceptions
près, aux chansons de Fiona Apple que la version finalement
publiée. Pour résumer, la première version
de Extraordinary machine est un excellent album de Jon Brion
alors que la production de Mike Elizondo et Brian Kehew est,
elle, au service de Fiona Apple.
Aussi, en plus des deux chansons rescapées des premières
sessions, la chanson titre et Waltz placées aux deux
extrémités de l’album, seule la version
de Red red red par Jon Brion aurait due être sauvée
et placée sur l’album.
Concernant l’album finalement disponible, on a le sentiment
que les deux producteurs ont dû répondre à
un cahier des charges dicté par Sony. Ce cahier des charges
pourrait se résumer ainsi : pas de prise de risque à
la Jon Brion et une volonté de rendre leur mordant aux
morceaux en accélérant par exemple certains tempos
(O’Sailor).
Conséquence plutôt désagréable de
ce cahier des charges, Mike Elizondo et Brian Kehew s’autorisent
des rappels de la discographie de Fiona Apple. Ainsi, on pourra
reprocher en vrac que l’arrangement de O’Sailor
calque de façon un peu trop grossière les nappes
de Chamberlain et surtout le gimmick de métallophone
de Shadowboxer, le premier single de Fiona Apple, tout comme
la fin toute en longueur de Tymps ressemble un peu trop à
celle de On the bound, ou que les sons de guitares de Better
version of me sont directement empruntés à ceux
que l’on entend tout au long de When the pawn…
Pourtant, malgré cette timidité dans les arrangements,
Extraordinary Machine est une immense victoire pour Fiona Apple.
Ainsi, si la "lourde patte" de Abe Aboriel Junior
fait parfois regretter l’immense Matt Chamberlain, le
choix de confier deux morceaux au talentueux batteur de The
Roots Ahmir "?uestion" Thompson s’avère
extrêmement judicieux. Sobrement arrangé (piano,
batterie, basse, guitare), un titre comme Not about love retrouve
toute sa puissance, là où les cordes un peu trop
présentes de Jon Brion affadissaient cette excellente
chanson.
D’autres morceaux sont également transcendés.
Citons dans le désordre, le sensuel Tymps et son "fuzz
clavinet" qui lui donne un parfum de Stevie Wonder, Get
him back et sa rythmique furieuse jouée par Ahmir "?uestion"
Thompson et Mike Elizondo que l’on retrouvait déjà
sur When the pawn et qui s’offre tout le long de l’album
quelques très belles parties de basse, ou encore l’incroyable
Better version of me qui retrouve sa rage et son urgence. Afin
sans doute de mettre tout le monde d’accord, Fiona Apple
offre le splendide Parting gift, titre totalement inédit
de la première version de Extraordinary machine, où,
seulement accompagnée de son piano, elle y révèle
une fois de plus sa grâce mélodique et la magie
de sa voix.
Malgré les craintes, on retrouve bien dans ce nouvel
album l’âme de la musique de Fiona Apple : son écriture
aiguisée, son débit taquin et acéré,
la sensualité de sa voix faite de modulations extraordinaires
et les ruptures de rythmes si caractéristiques de ses
chansons.
Si When the pawn est le chef d’œuvre de Fiona Apple,
Extraordinary machine est une merveilleuse collection de magnifiques
chansons, interprétées par la plus grande chanteuse
pop de sa génération.