1. Cherry lips
2. Kink
3. Dart for my sweetheart
4. Got to get (your eyes)
5. Dead funny
6. Modern lovers
7. Cuckoo
8. Jab jab
9. How I sang dang
10. Rituals
11. Harp for my sweetheart
Un
coup de poing en pleine face. Littéralement. L’excellente
maison Domino nous en avait déjà asséné
un beau avec The Kills. Elle nous achève ici avec Derdang derdang
de Archie Bronson Outfit, du blues bien crade en provenance d’Angleterre.
On les croirait fous des Beatles, de pop bien ciselée comme
seul les Anglais ont le secret, mais il n’en est rien. Les Archie
Bronson Outfit semblent plutôt lorgner du côté
du blues, celui qui, de Charley Patton à Gun Club, réveille
les morts. Le chanteur psalmodie plus qu’il ne chante, les guitares
sont plus frappées que jouées, la rythmique n’est
rien d’autre qu’un gigantesque tatapoum ravageur, rien
ici ne ressemble au boogie-blues pataud d’un Clapton grisonnant.
Avec des hymnes sombres et lourds du style Cherry lips, Got to get
(your eyes) et surtout Dead funny, Archie Bronson Outfit élimine
toute concurrence en empruntant des chemins bien peu foulés
par les groupes opportunistes que nous sert le NME chaque semaine.
Ici et là, slides hurlantes, riffs batailleurs, cris extatiques
et envolées du diable sont au programme. En cela, le titre
de l’album est particulièrement idoine.
Rien ne vient perturber cette machine déglinguée. Boum
boum boum boum boum, inlassablement, telle une transe. ABO semble
être aux commandes d’un vaisseau lancé à
tout berzingue sur le Styx, dardant au passage des barbelés
de guitares possédées. C’est du blues du bayou,
du rock’n’roll reptilien… En tout cas, les vieilles
râpes de Blind Lemon Jefferson, Son House, Leadbelly trouvent
d’incroyables résonances tout au long de ce disque cahoteux,
lubrique, fragile.
Les trois desperados d’ABO concluent le disque sur une note
plus calme et langoureuse, qui ne sera pas sans rappeler les Kills,
avec Harp for my sweetheart jouée à l’acoustique,
dans la plus pure tradition johnnycashienne. En bref, un album sans
artifices, sans chichis, à l’ancienne, pour un groupe
pétaradant et possédé, qu’on suivra de
très près. Et déjà, les White Stripes
sont pris de sueurs froides…