1. La pornographie
2. Sylvie et son lapin
3. La chaîne du froid
4. Genoux, hiboux, cailloux
5. Ton visage c’est mon pays
6. L’orgie
7. Juillet Odéon
8. Paris m’as-tu-vu
9. Le jeune homme changé en arbre
10. A côté d’aujourd’hui
11. La théorie des nuages
ATTAL
SUR SEINE
Une pop-rock émouvante, parisienne, littéraire
et romantique interprétée en direct par le dandy-diariste
et son groupe. Classieux !
Mi-novembre 2003 au House of Live, café-concert parisien.
Il y a des micros dans la salle. Jérôme Attal,
déjà connu pour le journal intime qu’il
met régulièrement en ligne sur Internet depuis
1998 (et au travers duquel on peut suivre presque jour après
jour son itinéraire émotionnel et artistique,
y compris ce projet musical) est sur scène, entouré
de son batteur (Cyrille Fournel), de son bassiste (Mathieu Zazzo)
et de son clavier (Frédéric Rouet), son groupe
d’accompagnateurs-compositeurs, qu’il a constitué
pour enmusiquer ses textes.
"Bonsoir mes amours", quelques maigres applaudissements
(certes c’est du live, mais c’est pas les Beatles
au Shea Stadium, quand même !) et puis un riff basse-percu…
Souvenirs d’enfance, d’adolescence, premiers émois
avec Mélanie, Mélanie Rabotteau, premières
souffrances… La pornographie : la vie d’adulte,
c’est dégueulasse. Son parlé-chanté
(on a l’impression que de mauvais retours l’empêchent
de pouvoir poser sa voix exactement comme il faudrait) mâtiné
d’une ambiance légérement sulfureuse de
pop-claviers-samples-gémissements féminins évoquent
les concerts de Gainsbourg au Casino de Paris (auxquels j’eus
la chance de pouvoir m’incruster quatre ou cinq fois à
l’époque), mais aussi le disque que commit Houellebecq
avec Burgalat. Jérôme Attal, à la recherche
permanente de l’amour perdu, celui qui fait mal, qui n’aboutit
pas, qui reste à jamais à l’état
de regard au coin d’une rue, de genoux qui se touchent
dans une voiture, de sourire à la dérobée
qu’on imagine entendu et qui s’avère anodin,
de sensualité refoulée, de filles multiprises
et d’apocalypses sentimentales programmées. On
pense aux Passantes de Brassens (sur un poème d'Antoine
Pol), qui dit si bien cet état de passion furtive et
sans cesse renouvelée qui obsède les garçons
romantiques depuis la nuit des temps.
Les chansons de Jérôme Attal tournent elles aussi
autour des regrets de n’avoir pas osé quand il
fallait, du dégoût de voir les autres agir et les
filles tomber dans leurs bras virils et ordinaires. Les filles
n’aiment pas les poètes, c’est connu. Ou
du moins, elles les aiment pour se confier, pour se montrer
avec, éventuellement leur faire la cuisine. Du lapin
par exemple. Avant de leur en poser. Pour le reste, "les
filles sont des marrantes qui font beaucoup pleurer". Et
le poète pleure sans gémir, souffre sans gueuler
: l’humour et le détachement, la dérision
et les aphorismes sont là pour sucrer un peu l’amère
potion.
Et c’est si fort, si profond, servi dans un écrin
d’une telle élégance littéraire,
emballé dans un accompagnement musical d’une telle
classe, cette pop belle et sombre comme les rues du Paris la
nuit ("plein de m’as tu vus qui ne se sont pas regardés")
où l’artiste déambule, que je trouverais
vraiment dommage que vous, gens de goût, puissiez passer
à côté sans le voir (1).
Site : www.jerome-attal.com,
très riche, ne serait ce que par l’accès
au fameux journal intime en trente chapitres qui génère
une proximité étonnante entre l’auteur et
les lecteurs.
(1) En concert le 28 octobre 2004 à
20h30 au Réservoir 16 rue de la Forge Royale 75011 PARIS
- Métro Ledru Rollin (Tél. 06 30 45 72 35).