1 - Come together
2 - Something
3 - Maxwell's silver hammer
4 - Oh ! Darling
5 - Octopus's garden
6 - I want you
7 - Here omes the sun
8 - Because
9 - You never give me your money
10 - Sun King
11 - Mean Mr. Mustad
12 - Polythene Pam
13 - She came in through
the bathroom window
14 - Golden slumbers
15 - Carry that weight
16 - The end
17 - Her Majesty
And
in the end... Vous rêviez de savoir à quoi aurait
ressemblé un disque des Beatles, de nouveau réunis,
après leur séparation ? Eh bien vous le tenez
!
Lexistence dAbbey Road est en effet un véritable
miracle, compte tenu du contexte du printemps 69, date du début
des enregistrements de ce qui sera le dernier album concocté
par le plus grand groupe de tous les temps (Let
it be sortira après, mais avait été
enregistré dès janvier 69). Un bref rappel historique
suffit à comprendre la situation de lépoque...
John, obnubilé par Yoko, ne sintéresse plus
au groupe ; George, aigri de ne pas voir accorder à ses
compositions lattention nécessaire, préfère
jouer avec dautres musiciens ; Paul est par contre toujours
aussi motivé par le groupe, mais au point den agacer
les autres par son côté "petit chef"
; quant à Ringo, il est totalement désabusé
de voir la belle harmonie des Fab Four voler en éclats.
Ajoutons à cela Yoko, qui agace tout le monde sauf Lennon,
et le grave différent entre McCartney et les autres sur
le choix du manager qui devra remettre de lordre dans
la gestion de leur compagnie (Apple) et lon comprendra
aisément limprobabilité dun nouveau
travail en commun des 4 musiciens à ce stade de leur
histoire. Déjà leur projet précédent
na pas été mené à son terme
et les bandes, jugées peu convaincantes par les Beatles
eux-mêmes, dorment dans un coin (Phil Spector se verra
confier la délicate mission den "faire quelque
chose" un an plus tard, ce dont il sacquittera de
manière parfois indélicate - cf. The long and
winding road -, dans lalbum Let it be, publié en
mai 1970).
Comment, dans un tel contexte, Paul a-t-il pu convaincre tout
ce joli monde (ainsi que le producteur/arrangeur George Martin,
pourtant échaudé par tout ce gachis récent)
de se reunir à nouveau pour produire un album "comme
au bon vieux temps" ? Ce mystère peut être
qualifié de miracle. Restait à savoir si on assisterait
également à un miracle musical...
Il ne faut, à dire vrai, pas plus de quelques secondes
pour être rassuré. Comment, en effet, mieux commencer
un album que par ce Come together scandé par John et
magnifié par ses compagnons au sommet de leur art musical
? Et ce nest pas le second titre, superbe composition
de George, intitulé Something, ornée dun
solo de guitare dune délicatesse inouïe qui
peut altérer notre première impression. Deux chansons,
deux classiques de la musique du XXe siècle, pas trop
mal pour débuter un album...
Après une telle entrée en matière, il faut
bien souffler un peu, et les deux morceaux suivants, bien que
plaisants, peuvent être considérés comme
les plus faibles de lalbum ; il sagit de deux compositions
de Paul (qui se rattrapera par la suite), la première
sappelle Maxwells silver hammer et il semblerait
que le marteau en argent de Maxwell tape sur les nerfs de certains,
malgré (ou plutôt à cause d) une mélodie
très (trop ?) efficace. Question de goût. La seconde,
Oh darling, est une composition honnête, sans plus, dans
le style rock/slow des années 50, et Paul a beau sévertuer,
de sa plus belle voix éraillée, à en faire
une grande chanson, il ny parvient pas tout à fait...
Il nest toutefois pas impossible de sy laisser prendre.
On passe ensuite à la chanson de Ringo (Octopus's Garden),
à la différence de Oh darling, cette composition
du batteur du groupe, assez banale à la base, est vraiment
transcendée en passant au moule magique Beatles, George,
Paul et John semployant avec succès à enjoliver
ce morceau de leur vieux copain Ringo (George la même
un peu aidé à le terminer) : écoutez-moi
ces churs, ces solos de guitare de George, nest-ce
pas réjouissant ?
Si toutefois certains rechignent encore après ce titre
de Ringo, quils en profitent, car ils nauront plus
loccasion de faire la fine bouche ensuite. En effet, de
I want you (blues puissant de Lennon qui clôturait la
face A du vinyle), jusquà la dernière seconde
du disque, il ny a rien à redire, chaque note est
la bienvenue : une demi-heure de bonheur musical ininterrompu
!
Citons pour le plaisir quelques perles extraites de cette rivière
de diamants : Here comes the sun composée dans le jardin
dEric Clapton par un George décidément brillant,
ou encore Because de John, inspiré par la sonate au clair
de lune de Beethoven et chanté magnifiquement à
3 voix par John, Paul et George. Le résultat est à
la hauteur de ce quon pourrait espérer dune
composition Lennon-Beethoven dans nos rêves les plus fous
!
Il serait injuste de ne pas mentionner également You
never give me your money entonné par Paul de nouveau
en état de grâce. Cette superbe composition de
McCartney est le point de départ dune suite musicale
où senchaînent sans le moindre arrêt
des bouts de chansons inachevées de Paul et de John reliés
et arrangés avec une grande intelligence musicale par
George Martin et Paul McCartney lui-même : lart
daccommoder les restes pour en faire un festin, pour reprendre
lexpression de lauteur Mark Heestgard.
Lalbum se termine par un morceau baptisé assez
judicieusement The end dont la dernière phrase, qualifiée
de cosmique par John Lennon, mais écrite et chantée
par Paul McCartney dit, en substance, quau final, lamour
que vous recevez est égal à lamour que vous
donnez ("And in the end the love you take is equal to the
love you make"). Cette équation qui résume
à elle seule les rapports humains peut sappliquer
aux Beatles eux-mêmes qui ont offert à lhumanité
le plus colossal apport musical en huit ans denregistrement
et en ont retiré le succès le plus colossal de
lhistoire de la musique.
Mais cest par une toute petite chanson rigolote sur la
reine que les Beatles décident de tirer leur révérence
car, alors que lon croit le disque terminé, Paul
revient après quelques secondes nous en pousser une petite
dernière accompagné seulement de sa guitare, comme
pour nous dire que tout ça, finalement, ce nest
pas sérieux, cest juste pour samuser... (il
inaugure ainsi sans le vouloir, avec 30 ans davance la
mode des morceaux cachés, ah quand on est un précurseur,
on ne peut pas se refaire !).
Ainsi sachève la carrière des Beatles avec
ce disque inspiré, brillant, lumineux, mais qui ne se
prend pas au sérieux. Un disque miraculeux, bien à
leur image finalement qui met fin de la plus belle manière
qui soit au miracle Beatles.