1. Two of us
2. Dig a pony
3. Across the universe
4. I me mine
5. Dig it
6. Let it be
7. Maggie Mae
8. I've got a feeling
9. One after 909
10. The long and winding road
11. For you blue
12. Get back
L'enregistrement
du White
album, en 1968, avait été marqué, pour
la première fois, par de fortes tensions au sein des
Beatles. Paul McCartney a alors l'idée de laisser tomber
les techniques d'enregistrement complexes, et de créer
un nouvel album en direct, faire un retour aux sources afin
que les Beatles retrouvent une certaine cohésion. Il
est même prévu de faire un concert exceptionnel
(qui serait le premier depuis 1966) pour jouer les nouvelles
chansons. Enfin, afin d'honorer un contrat qui prévoyait
que les Beatles devaient encore figurer dans un film pour United
Artists, les répétitions seront filmées.
C'est ainsi que l'enregistrement commence aux studios de cinéma
Twickenham à Londres, le 2 janvier 1969. Et très
rapidement, il est clair que les tensions ne sont pas apaisées,
loin de là. John Lennon supporte mal d'être filmé
en permanence; Paul McCartney se conduit de façon trop
dictatoriale au goût des autres, en particulier George
Harrison, qui quitte même temporairement le groupe. Enfin,
la présence permanente de Yoko Ono, la compagne de Lennon,
qui dispense conseils et avis qu'on ne lui avait pas demandés,
n'est pas faite pour calmer le jeu. Souvent, pour se détendre,
ils jouent tout ce qui leur passe par la tête, la plupart
du temps, tous les classiques du rock'n'roll. Mais l'interprétation
est souvent médiocre et montre que les Beatles sont un
peu "rouillés" en tant que groupe de scène.
Le 22 janvier, les Beatles émigrent aux studios Apple,
où, en compagnie d'un invité, l'organiste Billy
Preston, ils réussissent à retrouver un semblant
d'unité.
Et la musique dans tout ça ? Les Beatles répètent
inlassablement une dizaine de nouvelles compositions, comme
le plaintif et suppliant Don't let me down de Lennon, ou bien
le futur tube Get back de McCartney, avec son solo de guitare
slide. Un des titres les plus puissants est certainement I've
got a feeling, composé par McCartney mais auquel John
a apporté sa contribution en y intégrant son propre
morceau Everybody had a hard year. Deux nouvelles ballades au
piano de McCartney, appelées à devenir des classiques,
figurent également : The long and winding road, et surtout
Let it be, aux accents quasi religieux, que Paul a composée
après avoir vu sa mère ("Mother Mary")
en rêve. Parmi les titres moins connus, on note la résurrection
d'une très vieille compo de Lennon/McCartney, un vieux
rock'n'roll basique composé vers 1960 et intitulé
One after 909. Pour écrire Two of us, splendide morceau
acoustique, Paul s'est inspiré de ses longues balades
au hasard des routes avec Linda Eastman, bientôt Linda
McCartney. Enfin, parmi les multiples compositions de George
(alors en pleine "diarrhée de créativité",
pour reprendre ses propres termes) qui furent répétées,
seules deux finiront sur l'album : For you blue, agréable
et léger blues, et I me mine, où sont évoqués
les problèmes d'ego (la source d'inspiration est ici
facile à trouver).
Le 30 janvier 1969, les Beatles montent sur le toit de l'immeuble
de leur société de production, Apple, pour y faire
un concert impromptu : résultat d'un compromis difficile
à trouver, George étant opposé à
toute autre proposition de prestation live. Ce sera le dernier
concert des Beatles : en trois quarts d'heure, ils créent
des embouteillages monstres, une effervescence et une joie sans
précédent au pied de leur immeuble, pour un public
dans l'ensemble ravi, jusqu'à ce que les policiers les
enjoignent de mettre un terme à tout ce vacarme... Quelques-uns
de ces morceaux se retrouveront sur l'album.
Le lendemain, l'enregistrement s'achève, mais l'histoire
de Let it be est loin d'être terminée. Peu convaincus
par ce qu'ils ont enregistré, les Beatles ne veulent
pas sortir l'album (à ce moment intitulé Get back).
Seul un single sort en avril, alors que les Beatles commencent
l'enregistrement d'un dernier album, Abbey road. Entre mai 1969
et janvier 1970, Glyn Johns, qui a co-produit les sessions avec
George Martin, présente trois projets d'album aux Beatles
: les trois seront refusés, et on peut le comprendre
: si ces projets étaient fidèles au principe de
base ("que du direct"), on pouvait parfois y entendre
un groupe fatigué et désuni. En mars 1970, alors
que les Beatles n'existent déjà plus en tant que
groupe, Lennon et Harrison font appel à Phil Spector
pour retravailler sur les bandes. Mais Spector, producteur génial
et célèbre pour son "mur du son" (qui
consiste à réenregistrer inlassablement des couches
successives d'instruments), était probablement la personne
la moins à même de remixer cet album censé
être enregistré en direct. C'est ainsi qu'il couvre
certaines chansons d'accompagnements orchestraux, en particulier
The long and winding road, noyée sous un déluge
de cordes, au désespoir de McCartney. Certes, Phil Spector
réussit à produire un album "présentable",
mais le concept original a plus ou moins disparu en route. Accompagné
du film du même nom, l'album Let it be sort finalement
le 8 mai 1970, un mois après l'annonce par Paul de la
séparation du groupe. Sa pochette, quatre portraits individuels
des Beatles sur fond noir, est tout ce qu'il y a de plus appropriée
: les Beatles, pardon, les ex-Beatles, vont maintenant poursuivre
leur route chacun de leur côté.
Sous l'impulsion de Paul McCartney, une version "déspectorisée"
de Let it be, respectant le concept original, devrait sortir
en 2003, en même temps que la réédition
du film en DVD.