THE
BEATLES
Magical mystery tour
(Parlophone - 1967)
1. Magical mystery tour
2. The fool on the hill
3. Flying
4. Blue jay way
5. Your mother should know
6. I am the walrus
7. Hello goodbye
8. Strawberry fields forever
9. Penny lane
10. Baby you're a rich man
11. All you need is love
Après
la mort de leur manager Brian Epstein en août 1967, les
Beatles, quelque peu désemparés, se lancent dans
un nouveau projet sous l'impulsion de Paul McCartney. Il s'agit
d'un film musical et psychédélique, Magical mystery
tour, relatant les aventures d'un car et de ses passagers, lancés
dans un voyage à la destination inconnue. Le film, réalisé
par les Beatles eux-mêmes (principalement par Paul), contient
6 nouvelles chansons, qui sortent en Grande-Bretagne en décembre
1967 sous la forme d'un double 45 tours EP (Extended Play).
Aux Etats-Unis, la filiale d'EMI, Capitol, a la bonne idée
de créer un nouvel album en mettant les 6 chansons sur
une face et les 5 autres titres sortis en single en 1967 sur
l'autre face : c'est sous cette forme que Magical mystery tour
est disponible aujourd'hui.
George Martin, producteur des Beatles, se souvient : "Ils
étaient dans leur période où ils faisaient
confiance au hasard. Je les ai plus ou moins laissés
faire ce qu'ils voulaient. Certains sons n'étaient pas
géniaux. D'autres étaient brillants. I am the
walrus était bien organisé, c'était un
chaos organisé. Je suis fier de ça. Mais il y
avait aussi du chaos désorganisé dont je ne suis
pas très fier".
Effectivement, un titre comme I am the walrus est une réussite
incontestable : Lennon déverse des paroles "incompréhensibles"
dans la plus pure tradition du nonsense anglais, mais qui créent
néanmoins chez l'auditeur des images inquiétantes,
le tout sur une rythmique implacable, renforcée par une
des plus belles orchestrations jamais écrites par George
Martin. Le hasard est effectivement intervenu ici, puisqu'on
entend à la fin de la chanson un extrait d'une pièce
de Shakespeare diffusée par la BBC, captée par
hasard sur une radio présente lors du mixage. Mais à
côté de ce nouveau coup de maître, se trouve
également un instrumental comme Flying, beaucoup plus
banal et sans grande imagination.
Magical mystery tour, la chanson qui ouvre l'album, tient parfaitement
son rôle en invitant l'auditeur de manière dynamique
à suivre les Beatles dans le voyage. Vient ensuite une
des plus belles ballades de Paul, The fool on the hill, l'histoire
d'un fou dont tout le monde se moque. "En général,
on crache sur les sauveurs et les gourous, et j'ai pensé
que je pouvais suggérer aux gens de ma génération
qu'ils n'étaient pas aussi stupides qu'ils en avaient
l'air". McCartney livre également une chanson plus
légère mais ô combien agréable, Your
mother should know. Quant à George Harrison, sa contribution
est le morceau Blue Jay way, qui n'a pas une mélodie
inoubliable mais dans laquelle l'utilisation conjointe d'un
orgue, de l'écho et d'étranges churs créent
une atmosphère trouble et prenante.
Sur la face B, on trouve l'inoffensif et simplet Hello goodbye
de McCartney, gros tube, mais les morceaux de choix viennent
ensuite : Strawberry fields forever et Penny Lane. Ces deux
titres ont été enregistrés à l'époque
de Sgt. Pepper, fin 1966-début 1967, mais étant
d'abord sortis en single, ils ne furent pas intégrés
à l'album ("La plus grande erreur de ma vie",
déclara George Martin). Strawberry field était
le nom d'un orphelinat de Liverpool près duquel John
allait se promener étant enfant : il s'est servi de ce
souvenir pour écrire un morceau surréaliste, sorte
de rêve semi-éveillé, à la mélodie
totalement envoûtante. L'enregistrement de ce morceau
fut long et problématique, Lennon n'arrivant pas à
décider quel était le meilleur arrangement possible
; la version finalement retenue est un montage de deux versions
différentes. Penny Lane, de Paul, évoque la vie
quotidienne de ce quartier de Liverpool de manière romancée
et poétique. Le superbe arrangement classique à
la trompette est une idée de Paul, qui en eut l'idée
après avoir vu un concerto de Bach à la télévision.
L'album se conclut avec Baby you're a rich man, avec ce son
de basse étonnant, et All you need is love, "l'hymne"
de l'été 1967, composé par John Lennon
pour l'émission de télé Our world retransmise
dans le monde entier par satellite, pour plusieurs centaines
de millions de personnes (un record à l'époque).
Même si l'album Magical mystery tour a été
"assemblé" de manière un peu artificielle
par Capitol et n'a donc pas la cohérence de Sgt. Pepper,
il présente néanmoins toutes les facettes des
Beatles au sommet de leur période psychédélique
: il est donc fortement recommendable !