1. Taxman
2. Eleanor rigby
3. I'm only sleeping
4. Love you to
5. Here, there and everywhere
6. Yellow submarine
7. She said she said
8. Good day sunshine
9. And your bird can sing
10. For no one
11. Doctor Robert
12. I want to tell you
13. Got to get you into my life
14. Tomorrow never knows
Après
Rubber
Soul, fin 1965, les Beatles, fatigués des tournées,
veulent en revanche continuer à expérimenter et
à repousser les limites du possible en studio. "On
voulait toujours aller en avant : plus fort, plus loin, plus
long, plus différent, se souviendra Paul McCartney. Si
on ne les avait pas poussés, les ingénieurs du
son en seraient toujours à respecter les règles
écrites dans les livres et porteraient toujours des cravates."
C'est cette philosophie qui prévaut lorsque débute
l'enregistrement de l'album Revolver en avril 1966 (Le titre
n'est pas censé évoquer une arme mais le mouvement
circulaire d'un disque). Le premier morceau enregistré,
Tomorrow never knows, de John Lennon, est la plus parfaite illustration
de cette volonté d'expérimentation. Une chanson
avec un seul accord, une batterie hypnotique (dont les Chemical
Brothers se sont largement inspirés récemment),
la voix de Lennon passant à travers le haut-parleur d'un
orgue Hammond pour obtenir un son tremblant et aérien,
et des paroles étranges inspirées par un ouvrage
de Timothy Leary, apôtre du LSD, consacré au Livre
Tibétain des morts. Sur cet ensemble planent des effets
sonores inquiétants créés par Paul McCartney,
à base de bandes manipulées, saturées et
passées à l'envers. McCartney fut le premier des
Beatles à s'être intéressé à
la musique contemporaine et à l'avant-garde. La plupart
des titres de l'album sont marqués, à un degré
plus ou moins grand, par cette volonté d'expérimentation,
qui pourtant réussit à toujours rester accessible
et accrocheuse, comme par exemple sur le solo de guitare à
l'envers de I'm only sleeping, morceau plaintif et lancinant
de Lennon implorant qu'on le laisse tranquille dans son monde
et qu'on ne le réveille pas.
McCartney, quant à lui, continue son flirt avec les instruments
classiques avec Eleanor Rigby, poignante évocation de
la solitude et de la misère, aux paroles beaucoup plus
sombres et profondes que d'habitude, enregistrée avec
huit violons et orchestrée avec brio par George Martin.
Preuve de l'éclectisme habituel de Paul, cette chanson
sort en single, couplée avec une autre de ses compositions,
Yellow submarine, chantée par Ringo. "Juste une
chanson pour enfants", selon McCartney, on la considérera,
selon son humeur, comme une agréable chanson festive
à reprendre en chur, ou comme un morceau plutôt
lourd et répétitif... Mais les autres compositions
de Paul McCartney sont d'un intérêt beaucoup plus
grand : Here, there and everywhere, la plus caressante des ballades
qu'il ait jamais écrites, aux harmonies vocales désarmantes
de douceur ; For no one, autre superbe ballade relevée
par un solo de cor, Good day sunshine, morceau jazzy qui vous
redonne votre bonne humeur en deux minutes chrono, ou bien Got
to get you into my life, d'inspiration Motown avec sa section
de cuivres. Si ses paroles semblent être celles d'une
chanson d'amour comme une autre, Paul révèlera
plus tard que l'objet de cet amour était ici (de manière
sous-entendue, bien sûr) la marijuana. Il est d'autant
plus amusant que personne ne s'en soit rendu compte, alors que
les Beatles ont souvent été accusés à
tort d'évoquer la drogue dans telle ou telle chanson
! Le LSD est également présent dans She said she
said, écrit par Lennon après un mauvais trip en
compagnie de l'acteur Peter Fonda, qui ne cessait de lui répéter
"je sais ce que c'est d'être mort", paroles
qui finiront dans la chanson. Enfin, pour clore ce chapitre,
Doctor Robert, également composé par Lennon, évoque
un médecin distribuant généreusement des
hallucinogènes à ses patients.
Dans cette expansion tous azimuts des horizons musicaux des
Beatles, George Harrison n'est pas en reste, en particulier
avec Taxman, rock satirique sur le fisc anglais (qui récupérait
environ 99% des revenus des Beatles), et Love you to, la première
de ses compositions indianisantes avec tabla et sitar.
Après avoir passé en revue toutes les merveilles
que contient cet album, vient à l'esprit une question
stupide, très vaine mais inévitable : Revolver
ne serait-il pas le meilleur album des Beatles ? Non, c'est
Sgt. Pepper ! Non, c'est l'Album
blanc ! Non, c'est Abbey
Road ! Non, c'est... répondront les fans selon leur
inclination. Querelle sans intérêt : Revolver fait
partie des meilleurs disques des Beatles, et en tant que tel,
est indispensable à tout mélomane qui se respecte.