1. Drive my car
2. Norwegian wood (This bird has flown)
3. You won't see me
4. Nowhere man
5. Think for yourself
6. The word
7. Michelle
8. What goes on
9. Girl
10. I'm looking through you
11. In my life
12. Wait
13. If I need someone
14. Run for your life
Quel
peut être le pire cauchemar d'un fan des Beatles prosélyte,
soucieux de porter la bonne parole des Fab Four à tous
les vents ? Le voici : essayer de faire découvrir les
Beatles à quelqu'un, à travers un seul album,
ou même une seule chanson. Peut-on vraiment trouver un
"échantillon représentatif" ? Va t-on
proposer un rock violent comme Helter skelter ? Une ballade
comme And I love her ? Un titre introspectif de Lennon, comme
Help ? Ou bien un morceau semi-comique comme Yellow submarine,
ou Ob-la-di, ob-la-da ? La diversité des styles abordés
par les Beatles, mais aussi leur évolution musicale rapide
et permanente rend la tâche impossible.
Impossible, ou presque. Car Rubber soul, paru fin 1965, pourrait
bien être cette "synthèse". En studio,
les Beatles commencent à expérimenter, à
travailler plus longuement pour obtenir le son qu'ils désirent,
tout en restant dans le format "réglementaire"
du morceau de trois minutes maximum. A côté de
l'instrumentation traditionnelle (guitare, basse, batterie et
piano) apparaissent de nouveaux sons : l'exemple le plus célèbre
est l'introduction d'un sitar dans Norwegian wood, pour la première
fois dans l'histoire du rock : George Harrison vient alors de
l'acquérir, dans sa passion toute nouvelle pour la musique
indienne. Bien que de son propre aveu, il sache à peine
en jouer, la présence de cet instrument donne une coloration
et un mystère uniques à cette composition de Lennon,
évoquant à mots couverts une aventure extra-conjugale.
Dans le même registre, on pourra également noter
un banal piano transformé en clavecin par la magie de
la production dans In My Life, ou des guitares suraiguës
sur Nowhere man, deux superbes compositions introspectives et
autobiograpiques de John, qui atteignait alors un de ses sommets
en termes d'écriture.
Il est important de savoir que les Beatles subissaient une grande
pression de la part de leur label pour sortir 2 albums de 14
chansons par an : ils devaient donc composer sans relâche
entre deux concerts, interviews ou sessions en studio. Pourtant,
le moins que l'on puisse dire est que rien n'était jamais
bâclé, avec des titres comme l'ironique Drive my
car de Paul McCartney, mais aussi Girl, chef-d'uvre douloureux
et torturé de John, où se mêlent amour,
peine et religion. Rubber Soul contient également un
tube implacable (pourtant moins bon que d'autres titres de l'album),
Michelle, avec son passage en français. Pourquoi ? Parce
que la mélodie de cette chanson remontait à la
fin des années 50, lorsque Paul la fredonnait lors de
soirées à Liverpool, voulant se donner un air
"français" et mystérieux qui, paraît-il,
marchait très bien avec les filles. Paul décida
bien plus tard de ressortir cet air et demanda à une
amie prof de français d'en traduire deux vers : "Michelle,
ma belle, sont des mots qui vont très bien ensemble".
Rubber Soul marque également les progrès rapides
de George Harrison en tant que compositeur, avec Think for yourself
et If I needed someone, inspiré par les Byrds. Relevons
enfin The Word, petite merveille soul annonçant déjà
l'ère hippie et où le prophète Lennon nous
le révèle : le mot essentiel, c'est "Love".
Laissons George Martin, producteur des Beatles, conclure : "Rubber
Soul a été le premier album présentant
les nouveaux Beatles, plus matures. Pour la première
fois, nous commencions à concevoir les albums comme une
forme d'art, comme une véritable entité."
Avec sa pochette présentant les Beatles déformés,
comme vus à travers la fumée de la marijuana,
le jeu de mots mystérieux du titre (rubber sole : semelle
en caoutchouc / rubber soul : "âme en caoutchouc"),
Rubber Soul donne un superbe avant-goût de ce que les
Beatles vont entreprendre dans les années qui suivent,
sans contraintes et sans limites.