CD 1
1. Back in the U.S.S.R.
2. Dear Prudence
3. Glass onion
4. Ob-La-Di, Ob-La-Da
5. Wild honey pie
6. The Continuing story of Bungalow Bill
7. While my guitar gently weeps
8. Happiness is a warm gun
9. Martha my dear
10. I'm so tired
11. Blackbird
12. Piggies
13. Rocky Raccoon
14. Don't pass me by
15. Why don't we do it in the road ?
16. I will
17. Julia
CD 2
1. Birthday
2. Yer blues
3. Mother nature's son
4. Everybody's got something to hide
except me and my monkey
5. Sexy Sadie
6. Helter Skelter
7. Long, long, long
8. Revolution 1
9. Honey pie
10. Savoy truffle
11. Cry baby cry
12. Revolution 9
13. Good night
Cest
un album orphelin, sans titre et sans pochette. Ce nest
presque plus un album des Beatles.
Cest le premier album solo de George, le premier album
solo de Paul, le premier album solo de John. On a juste mélangé
(magnifiquement !) les titres que chacun avait composés
(lors dun ridicule stage de méditation transcendantale
en Inde chez ce gros escroc de Maharishi) et arrangés
dans son coin (aux studios Abbey Road).
Ringo ne men voudra pas si je ne le cite pas - bien quil
signe ici son premier titre, Dont pass me by... -. Formidable
batteur, ce Ringo, mais tellement peu compositeur quil
sest rapidement senti exclu, rejeté de ce qui nétait
déjà plus un groupe. Alors il a fugué.
En pleine séance denregistrement, il est parti,
comme un enfant qui croit quon ne laime plus. Et
les trois autres ont dû pleurer pour quil revienne
de Sardaigne où il avait choisi daller bouder.
À part ça, plus aucun des membres navait
envie de faire de concession. Paul tenait le groupe à
bout de bras. George était démotivé. John
raide-dingue de Yoko Ono, quil emmenait partout avec lui.
Partout. Même en studio, elle était là,
assise sur les amplis, voire couchée dans un lit, donnant
son avis, apartant continuellement avec son chéri...
Yoko Ono : le ver dans la belle pomme que les Beatles avaient
choisi comme symbole. Cette présence incongrue au sein
de léquipe leur sera fatale. Il ny a quà
regarder les photos prises lors de lenregistrement de
cet album "blanc" : on voit toujours Yoko quelque
part. Et il ny a quà voir les tronches que
tirent nos FabFour, cest pas franchement la joie,
comme on dit ! Regards tristes, peu dentrain : lambiance
oscille entre accablement et déprime.
Et cest du contexte pesant de cette procédure de
divorce quon sent déjà inexorable, que va
surgir, sous la houlette dun George Martin abasourdi par
la qualité de ce quil a entre les mains, un double
album bouleversant, dune richesse, dune pureté
et dune qualité quasi-inégalables. En donnant
la pleine expression deux-mêmes, en allant au bout
de leurs idées, de leurs personnalités et de leurs
talents propres, John, Paul et George font franchir aux Beatles,
libérés de toute contrainte collective, un nouveau
cap vertigineux.
Au blues brut du Lennon abandonné qui hurle quil
veut mourir, répond la bucolique fraîcheur de Paul,
fils de la nature, qui balancera sans transition et dans la
foulée un des morceaux les plus destroy de lhistoire
du rock, Helter skelter. Ringo tape au point den attraper
des ampoules aux mains et George, qui peut enfin commencer à
sexprimer dignement en signant quatre morceaux, fait pleurer
splendidement sa guitare avec son pote Eric Clapton. Tout ça
senchaîne avec simplicité, générosité,
comme une évidence qui renvoie à leurs études
tous ces petits braillards qui depuis 35 ans font jouer avec
prétention leurs maigres talents dimitateurs.
Jarrête là, le passage en revue des morceaux
pourrait faire lobjet dun numéro spécial
de JWZ, tant ils sont chargés de messages, démotions,
de force, de variété et dauthenticité.
Et pourtant, cet album immaculé, Dieu merci, nest
pas parfait. Car justement, ses petites faiblesses ne sont pas
pour rien dans le charme troublant qui sen exhale.
Je lai toujours dit et je le ferai : lorsque sur une île
déserte jirai misoler, cest celui-là
que jemporterai.