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     MuSiQueS
 
THE BEATLES
The white album
(Parlophone - 1968)

CD 1
1. Back in the U.S.S.R.
2. Dear Prudence
3. Glass onion
4. Ob-La-Di, Ob-La-Da
5. Wild honey pie
6. The Continuing story of Bungalow Bill
7. While my guitar gently weeps
8. Happiness is a warm gun
9. Martha my dear
10. I'm so tired
11. Blackbird
12. Piggies
13. Rocky Raccoon
14. Don't pass me by
15. Why don't we do it in the road ?
16. I will
17. Julia

CD 2
1. Birthday
2. Yer blues
3. Mother nature's son
4. Everybody's got something to hide
except me and  my monkey
5. Sexy Sadie
6. Helter Skelter
7. Long, long, long
8. Revolution 1
9. Honey pie
10. Savoy truffle
11. Cry baby cry
12. Revolution 9
13. Good night
C’est un album orphelin, sans titre et sans pochette. Ce n’est presque plus un album des Beatles.

C’est le premier album solo de George, le premier album solo de Paul, le premier album solo de John. On a juste mélangé (magnifiquement !) les titres que chacun avait composés (lors d’un ridicule stage de méditation transcendantale en Inde chez ce gros escroc de Maharishi) et arrangés dans son coin (aux studios Abbey Road).

Ringo ne m’en voudra pas si je ne le cite pas - bien qu’il signe ici son premier titre, Don’t pass me by... -. Formidable batteur, ce Ringo, mais tellement peu compositeur qu’il s’est rapidement senti exclu, rejeté de ce qui n’était déjà plus un groupe. Alors il a fugué. En pleine séance d’enregistrement, il est parti, comme un enfant qui croit qu’on ne l’aime plus. Et les trois autres ont dû pleurer pour qu’il revienne de Sardaigne où il avait choisi d’aller bouder.

À part ça, plus aucun des membres n’avait envie de faire de concession. Paul tenait le groupe à bout de bras. George était démotivé. John raide-dingue de Yoko Ono, qu’il emmenait partout avec lui. Partout. Même en studio, elle était là, assise sur les amplis, voire couchée dans un lit, donnant son avis, apartant continuellement avec son chéri... Yoko Ono : le ver dans la belle pomme que les Beatles avaient choisi comme symbole. Cette présence incongrue au sein de l’équipe leur sera fatale. Il n’y a qu’à regarder les photos prises lors de l’enregistrement de cet album "blanc" : on voit toujours Yoko quelque part. Et il n’y a qu’à voir les tronches que tirent nos Fab’Four, c’est pas franchement la joie, comme on dit ! Regards tristes, peu d’entrain : l’ambiance oscille entre accablement et déprime.

Et c’est du contexte pesant de cette procédure de divorce qu’on sent déjà inexorable, que va surgir, sous la houlette d’un George Martin abasourdi par la qualité de ce qu’il a entre les mains, un double album bouleversant, d’une richesse, d’une pureté et d’une qualité quasi-inégalables. En donnant la pleine expression d’eux-mêmes, en allant au bout de leurs idées, de leurs personnalités et de leurs talents propres, John, Paul et George font franchir aux Beatles, libérés de toute contrainte collective, un nouveau cap vertigineux.

Au blues brut du Lennon abandonné qui hurle qu’il veut mourir, répond la bucolique fraîcheur de Paul, fils de la nature, qui balancera sans transition et dans la foulée un des morceaux les plus destroy de l’histoire du rock, Helter skelter. Ringo tape au point d’en attraper des ampoules aux mains et George, qui peut enfin commencer à s’exprimer dignement en signant quatre morceaux, fait pleurer splendidement sa guitare avec son pote Eric Clapton. Tout ça s’enchaîne avec simplicité, générosité, comme une évidence qui renvoie à leurs études tous ces petits braillards qui depuis 35 ans font jouer avec prétention leurs maigres talents d’imitateurs.

J’arrête là, le passage en revue des morceaux pourrait faire l’objet d’un numéro spécial de JWZ, tant ils sont chargés de messages, d’émotions, de force, de variété et d’authenticité. Et pourtant, cet album immaculé, Dieu merci, n’est pas parfait. Car justement, ses petites faiblesses ne sont pas pour rien dans le charme troublant qui s’en exhale.

Je l’ai toujours dit et je le ferai : lorsque sur une île déserte j’irai m’isoler, c’est celui-là que j’emporterai.


Roland Caduf
© Jowebzine.com - Décembre 2002
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