THE
BEACH BOYS
Pet Sounds
(Capitol Records - 1966)
1 - Wouldn't it be nice
2 - You still believe in me
3 - That's not me
4 - Don't talk
(put your head on my shoulder)
5 - I'm waiting for the day
6 - Let's go away for awhile
7 - Sloop John B
8 - God only knows
9 - I know there's an answer
10 - Here today
11 - I just wasn't made for these times
12 - Pet sounds
13 - Caroline no
14 - Hang on to your ego
(bonus track)
Les
Beach Boys : la Californie, le fun, le surf, le soleil, et des
chansons irrésistibles aux paroles néanmoins stupides,
comme Surfin' USA et I et around. Voilà l'image qu'offre
ce groupe mythique des 60's, si l'on ne cherche pas à
aller plus loin. D'ailleurs, les innombrables compilations existantes
jouent quasiment tout le temps sur ces clichés.
Mais les Beach Boys furent beaucoup plus que cela. Leur leader
et bassiste Brian Wilson, musicien génial mais torturé,
avait abandonné les tournées dès 1964,
après une première dépression nerveuse.
Il se consacra alors totalement à l'enregistrement de
ses compositions avec des musiciens de studio, sur lesquelles
les Beach Boys n'avaient plus qu'à ajouter leurs voix.
Brian Wilson s'était beaucoup inspiré des techniques
d'enregistrement du producteur Phil Spector, l'inventeur du
"mur du son" : accumulation de couches successives
d'instruments (plusieurs basses, pianos, guitares, percussions...),
et forte utilisation de l'écho, afin d'obtenir des sons
nouveaux. Mais là où Spector déchaîne
des ouragans avec ses arrangements vertigineux, Brian Wilson
atteint une sobriété et en même temps une
inventivité sans égale à l'époque
dans le domaine de la production.
Peu à peu, dans les albums des Beach Boys de 1964-65,
apparaissent, à côté des traditionnelles
chansons d'amour bébêtes ou des glorifications
niaiseuses de l'american way of life, des préoccupations
plus matures et universelles. Lorsque Brian Wilson commence
à enregistrer Pet sounds fin 1965, les thèmes
qui reviennent le plus fréquemment, dans les paroles
qu'il a écrites avec Tony Asher, sont le besoin d'amour,
d'absolu (Don't talk (put your head on my shoulder), God only
knows), la perte de l'innocence (Caroline no), l'incapacité
à s'adapter au monde (I just wasn't made for these times)
et le besoin d'évasion (dans l'instrumental Let's go
away for awhile).
Musicalement, la sortie de Rubber soul des Beatles constitue
un challenge pour Wilson : il s'est alors fixé pour but
de créer "le plus grand album de rock jamais fait".
Dirigeant ses musiciens en studio comme un chef d'orchestre,
il est attentif au moindre petit détail et réenregistre
tout jusqu'à la perfection et l'épuisement. Les
magnifiques mélodies qu'il a composées se trouvent
ainsi présentées dans le plus beau des écrins,
des arrangements jamais entendus auparavant, créant une
sorte de synthèse entre instruments modernes et classiques,
pour aboutir à un son tour à tour puissant, caressant,
aérien, jamais agressif.
Une fois l'enregistrement instrumental terminé, les Beach
Boys, dirigés par Brian Wilson, ajoutent leurs voix et
leurs harmonies complexes. Brian chante bien sûr lui-même
certaines chansons, et distribue les rôles pour les autres.
C'est son frère Carl Wilson qui chante d'une voix angélique
God only knows, considérée par Paul McCartney
comme "la plus belle chanson jamais écrite".
Brian Wilson avait donc réussi à créer
le chef d'uvre qu'il avait à l'esprit. Mais "il
n'était pas fait pour son époque", comme
il le chantait lui-même. Les Etats-Unis n'étaient
pas prêts pour Pet sounds. Pourquoi ces charmants garçons,
incarnations de l'Amérique, se mettaient-ils à
chanter la mélancolie, la tristesse et l'angoisse ? Le
public traditionnel des Beach Boys fut désorienté
et l'album ne fut "que" dixième dans les charts
américains. En revanche, la Grande-Bretagne s'emballa
pour Pet sounds : les Beatles relevèrent à leur
tour le challenge pour créer Sgt. Pepper, et on vit même
le manager des Rolling Stones, Andrew Loog Oldham (qui n'avait
aucun intérêt financier dans les Beach Boys) payer
une page de publicité dans un grand journal pour proclamer
que Pet sounds était le meilleur album jamais enregistré.
Un an plus tard sortit Sgt. Pepper, et Brian Wilson se perdit
dans sa quête éperdue pour dépasser les
Beatles, s'enfermant peu à peu dans ses problèmes
psychologiques et se coupant du monde. Mais avec Pet sounds,
il avait créé ce qui restera, sans contestation
possible, un des plus grands albums de musique dite "populaire"
du XXe siècle.