1. Get back
2. Dig a pony
3. For you blue
4. The long and winding road
5. Two of us
6. I’ve got a feeling
7. One after 909
8. Don't let me down
9. I me mine
10. Across the universe
11. Let it be
TOUT
NU !
Réédition de l'album mythique des Beatles dans
une version plus fidèle aux volontés de ses créateurs.
"On ne peut pas réécrire l’histoire",
voilà une assertion admise par le commun des mortels.
Mais quand on s’appelle les Beatles, on peut tout se permettre,
n’est ce pas ? Et cette nouvelle version de l’album
Let it be, intitulée assez explicitement Let it be…
naked (Let it be… tout nu) est bel et bien une réécriture
de l’histoire, 33 ans après la sortie de la version
initiale. L’idée étant de faire redécouvrir
ce disque, tel qu’il avait été prévu
avant que les évènements de l’époque
(séparation des Beatles) ne placent les enregistrements
entre les mains de l’arrangeur/producteur américain
Phil Spector.
Légitime ?
Pour juger de la légitimité de cette nouvelle
version de Let it be, débarrassée des arrangements
de Phil Spector, il faut remonter aux années 69-70. A
cette époque les Beatles sont en pleine désintégration
et quand ils se réunissent le 2 janvier 1969, c’est
avec l’idée, soufflée par Paul McCartney,
de revenir aux sources, c'est-à-dire d’enregistrer
leurs nouvelles chansons live dans le studio et de les sortir
telles qu’elles, sans ajout ultérieur d’instrument
ou d’arrangement.
Après diverses hésitations et une multitude de
propositions contradictoires, il fut décidé que
les répétitions et les enregistrements de ces
nouveaux morceaux serviraient de base à un film documentaire,
dont le point culminant serait un concert composé des
chansons de ce nouvel album. Finalement, après avoir
évoqué des lieux de concert plus alléchants
les uns que les autres (comme un amphithéâtre romain
en Tunisie), le film ne culmina pas plus haut que le toit de
leur propre studio Apple, situé en plein cœur de
Londres, pour ce qui fut leur dernière apparition en
concert le 30 janvier 1969. Le tournage du film s’acheva
le lendemain dans les studios Apple.
Avec le recul ce film (intitulé lui aussi Let it be)
est considéré comme un documentaire sur la séparation
des Beatles, tant l’ambiance dans le groupe fut tendue
en ce mois de janvier 1969. Et même si l’atmosphère
devint un peu plus légère et que le plaisir de
faire de la musique ensemble revint un peu au cours des dix
derniers jours, grâce à la participation aux séances
du groupe de l’organiste Billy Preston, l’expérience
globale avait laissé un goût tellement amer aux
Beatles que, peu de temps après la fin du tournage, ils
laissèrent les bandes de côté pour se consacrer,
à la surprise générale, à un nouvel
album de studio, le fabuleux Abbey Road qui sortit le 26 septembre
1969.
Une fois Abbey Road terminé, on se préoccupa de
nouveau des enregistrements de l’album Let it be et, après
moult vicissitudes (pour plus de précisions voir la chronique
de Let it be par Yann Darson sur ce même site), les bandes
furent confiées par John Lennon en mars 1970 (les Beatles
étaient alors officieusement déjà séparés)
au producteur américain Phil Spector afin qu’il
en tire un album.
Que l’on aime ou pas le travail effectué par Phil
Spector sur l’album Let it be, qui sortit finalement le
8 mai 1970 (les Beatles étaient alors officiellement
séparés depuis un mois), on ne peut que constater
qu’il n’a pas respecté l’esprit du
projet de départ, en noyant certains titres sous un déluge
de cordes et de chœurs féminins. L’exemple
le plus frappant en est bien sûr The long and winding
road, dont le traitement provoqua la fureur de Paul McCartney
(le créateur de la chanson).
Quoiqu’il en soit, il est un fait que l’album fut
jugé à l’époque décevant par
rapport aux "standards de qualité Beatles"
- précisons qu’en quelques mois ils venaient de
sortir deux chefs d’œuvre encensés par la
critique (le Double blanc et Abbey Road).
A bien y réfléchir, Let it be version Spector
est le premier d’une longue série d’albums
sortis après la séparation des Beatles (suivirent
Hollywood Bowl, At the BBC, Anthology 1,2 et 3, etc.). Qui plus
est, les Beatles, préoccupés à l’époque
par le début de leurs carrières solos respectives
n’ont guère participé à la finalisation
et à la production de cet album. On ne voit donc pas
en quoi la nouvelle mouture de Let it be, que l’on nous
propose en 2003 et qui a pour but de revenir au concept d’origine
serait moins légitime que la version 1970 de Phil Spector
(qui, de toute façon, reste disponible sur le marché).
S’il y avait un disque des Beatles, que l’on pouvait
se permettre de retoucher, c’est bien celui là
(c’est d’ailleurs le seul…). Et à ceux
qui voient là une tentative de révisionnisme de
la part de Paul McCartney, on rappellera que le projet "naked"
a été également approuvé par Ringo,
Yoko Ono et Olivia Harrison, et que son élaboration est
le fruit du travail de trois jeunes ingénieurs du son,
Paul, Ringo, Yoko et Olivia s’étant contenté
de donner leur aval au résultat final.
Meilleur ?
Mais, me direz-vous, la légitimité c’est
une chose, encore faut-il que le résultat suive, car
si la version "naked" n’est pas meilleure que
la précédente, à quoi bon ? Il convient
donc évidemment d’analyser ce Let it be…
naked afin de pouvoir en apprécier la pertinence.
Première constatation à la lecture du livret,
la liste des chansons a changé, exit les anecdotiques
Dig it et Maggie Mae remplacées très avantageusement
par Don’t let me down (version concert sur le toit). Cet
excellent morceau de John, injustement écarté
de l’album d’origine pour être placé
sur la face B du single Get back, apporte incontestablement
un plus. L’ordre des chansons également a changé
et semble plus logique : Get back ouvre l’album de manière
plus approprié que ne le faisait le mid-tempo Two of
us et s’achève de la plus belle façon qui
soit avec l’hymne Let it be.
En observant les titres, on s’aperçoit qu’avec
ces minis changements, l’album ne comporte plus la moindre
chanson faible, au pire trouve-t-on des morceaux juste plaisants
(Dig a pony, For you blue), le reste se classant entre bon,
voire très bon (One after 909, I me mine, Two of us et
I’ve got a feeling), excellent (Don’t let me down),
et grands classiques (Across the universe, The long and winding
road, Get back et Let it be). Rappelons d’ailleurs que
les trois derniers titres cités se classèrent
numéro un des 45 tours dans de nombreux pays.
À l'écoute du CD, on est immédiatement
saisi par la clarté du son. Quelle amélioration
! Les voix ressortent à merveille, la batterie (avec
un Ringo très en forme) et les subtiles parties de clavier
de Billy Preston ne sont pas en reste. Get back, For you blue,
Two of us, One after 909 et I me mine sonnent comme jamais.
Across the universe et The long and Winding road, débarrassées
des arrangements pompeux de Phil Spector, retrouvent leur pureté
et leur beauté originelles (McCartney doit être
enfin satisfait de cette délicate version de The long
and winding road). Quant à la version de la chanson Let
it be proposée ici, elle parvient, malgré un solo
de guitare moins efficace que dans les versions connues jusqu’ici,
à restituer l’émotion que l’on ressentait
à sa découverte (il y a de cela quelques centaines
d’écoutes…), la voix de Paul nappée
des chœurs de John et de George et de l’orgue de
Billy Preston formant un divin mélange.
Seul petit regret, la version de I’ve got a Feeling proposée
ici, quoique intéressante (les voix de John et de Paul
ressortent particulièrement bien), semble avoir perdu
un peu de la sauvagerie qui la caractérisait sur le disque
d’origine, à cause d’un son de guitare moins
agressif sur la prise choisie cette fois-ci. Pour en finir avec
le chapitre "regrets et pinaillages", pourquoi ne
pas avoir profité de cette nouvelle version de l’album
pour réintroduire la reprise de batterie si excitante
à la fin de la version single de Get back ?
Mais n’allons pas bouder notre plaisir pour de petits
détails, cette nouvelle version de l’album Let
it be est une réussite incontestable. Ce disque retrouve
ainsi, trente-trois ans après (décidément
l’âge idéal pour ressusciter), fraîcheur,
cohérence, vitalité et naturel, bref, une nouvelle
jeunesse qui colle parfaitement au concept d’origine !
Vous l’aurez donc compris, Let It be est bien plus excitant
tout nu et, sans atteindre tout à fait les sommets des
grands classiques tels que Revolver, Sgt Pepper, le Double blanc
ou Abbey Road, il devient un excellent album et trouve enfin
la place qu’il méritait dans la discographie des
Beatles.
Ne vous laissez donc pas détourner par les sirènes
journalistiques habituelles du type : "Apple ressort la
pompe à fric", "McCartney fait du révisionnisme"
et autres considérations convenues de ce type. L’essentiel
c’est la musique proposée et quand elle bonne,
il n’y a pas à hésiter ! Courrez déguster
ce Let It be… naked sans le moindre état d’âme
!
PS : pour l’anecdote, on notera que le
disque est accompagné d’un CD bonus de 20 mn composé
de bribes de conversation et de fragments de répétitions
en studio.