BERTRAND BELIN
Bertrand Belin
(Quai de Scène / Sony Music - 2004)
1. Porto
2. Amoureux fou
3. Le colosse
4. Madeleine
5. La fleur
6. T’as l’vin t’as pas l’vin
7. La longue danseuse
8. Neptune
9. Barcelone
10. Carmina Minha
11. Terminus Le Tréport
12. Le tatouage
Oui,
je sais, on n’est plus tout à fait dans l’actualité
brûlante avec ce disque sorti à l’orée de
2005. Quoique… Lorsque l’intemporalité est aussi
flagrante, lorsqu’on est convaincu d’avoir entre les oreilles
quelque chose d’aussi unique, d’aussi fort… Que
pèse l’actualité face à l’universalité
d’une œuvre qui durera ? La seule urgence qui compte pour
le moment, c’est de réparer l’incroyable erreur
de n’avoir pas su vous parler, quand il vit le jour, de ce parfait
bonheur musical et poétique. Retard qui nous aura au moins
permis de soumettre au test du temps qui passe (et qui souvent efface)
ces douze chansons. Conclusion : leurs effets enthousiasmants, deux
ans après leur enregistrement, continuent d’aller croissant.
Ce qui est assez rare ; et avec plus de deux cents chroniques d’albums
(en cinq ans) au compteur, votre serviteur est bien placé pour
vous assurer que le tri a posteriori entre le persistant et le non-persistant
aboutit inexorablement à la constitution de deux tas de tailles
malheureusement très inégales…
Guitariste recherché depuis qu’il a quitté son
Quiberon natal pour Paris, Bertrand Belin a mis depuis quinze ans
l’incomparable son claquant de sa guitare Fender Telecaster
‘77 au service de nombreux groupes et artistes : des cajun-zydeco
Stompin’Crawfish, aux géniaux Sons
of the Desert , en passant par la folle Trabant (groupe à
taille variable, emmené par l’ex-VRP
Sébastien Libolt) ; il continue par ailleurs de cachetonner
régulièrement derrière Bénabar
(tout point commun s’arrêtant heureusement là…).
À côté de toutes ces expériences en tant
que musicien, quatre années (deux albums et des concerts) auprès
du Néry (encore un
ex-VRP) lyrique de la dernière mouture lui ont affermi la plume,
l’orientant vers une approche poétique originale et précise.
Et pour emballer le tout, une voix de crooner romantique comme on
n’en fait plus, superbement timbrée, douce, flatteuse,
envoûtante…
Porto, qui ouvre l’album et qu’on peut prendre pour référence,
est ce qu’on appelle une chanson parfaite, un petit miracle
plein d’images, d’ambiances et d’odeurs sur une
mélodie inouïe, des ponts étonnants, un tempo délicatement
chaloupé… Beau à pleurer. Et j’ai pleuré.
Sans savoir pourquoi. Juste parce que c’est beau. Et enivrant.
Le vin, l’ivresse, quasi-omniprésents au fil des titres
(on ne dit pourtant pas "beurré comme un p’tit Belin"),
contribuent à l’impressionnisme mélancolique de
l’ensemble, fait de noires romances, d’énigmatiques
histoires et de nostalgiques souvenirs embrumés. Tout ceci
trempé dans de subtils arrangements musicaux où piano,
cordes, cuivres et sèche batterie viennent appuyer la fameuse
Telecaster au son mat qui mène allègrement le bal.
Un fabuleux voyage. Un fabuleux artiste. Une fabuleuse découverte.
Forte et persistante comme un bon vin de Porto.