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     MuSiQueS
 
BELLE AND SEBASTIAN
Dear catastrophe waitress
(2003)

1. Step into my office, baby
2. Dear catastrophe waitress
3. If she wants me
4. Piazza, my catcher
5. Asleep on a sunbeam
6. I’m a cuckoo
7. You don’t send me
8. Wrapped up in books
9. Lord Anthony
10. If you find yourself caught in love
11. Roy Walker
12. Stay loose

BELLE DU JOUR
Un cinquième album convaincant pour lequel Stuart Murdoch retrouve son inspiration sous la houlette de Trevor Horn (Frankie Goes to Hollywood).


Amusant de voir comment la sortie du dernier album des Belle and Sebastian, enfants chéris de la scène pop indépendante, dévoile l’esprit étriqué et caricatural qui règne au sein des rédactions de certains de nos confrères.

Entre d’un côté les Inrocks, autrefois défricheurs rocks, qui se sentent trahis par la nouvelle production de leurs anciens protégés, jugée peut-être "trop variété", tandis que dans le même temps ils encensent les premiers albums millésimés "croisière s’amuse" de Scott Walker. D’un autre côté, Magic, concurrent direct des premiers avec lesquels ils entretiennent depuis trop longtemps une bataille imbécile et stérile, à qui portera aux nues ce que l’autre n’a pas aimé (et inversement), et qui, suivant cette opposition érigée en principe, se déclarent charmés par le nouvel album de Belle and Sebastian. Et enfin Rock and Folk qui a toujours perçu le groupe écossais comme la chasse gardée de leurs adversaires ci-haut nommés, et qui n’hésitent pas aujourd’hui à parler de Dear catastrophe waitress comme du meilleur album des Belle and Sebastian tout en déconsidérant les cinq premiers disques du groupe.

Perplexe devant ces dogmes implacables, et ces considérations idéologiques vidées de toute pensée, l’auditeur, lui, ne saura que penser. Peut-il oui ou non acheter ce nouvel album ?

N’en déplaise à ses anciens ennemis et à ses nouveaux détracteurs, le groupe emmené par Stuart Murdoch, l’homme à la voix d’ange, est toujours le meilleur groupe pop de ces dix dernières années. Mieux, Belle and Sebastian renouvelle avec Dear catastrophe waitress sa palette pop.

Une formule qui commençait à s’essouffler

Parce que If you’re feeling sinistre, sorti au moment où on avait besoin d’entendre de jolies mélodies, demeurera toujours un classique pour les enfants de l’après-grunge, il serait trop facile de déconsidérer ce dernier album produit par Trevor Horn (Frankie Goes to Hollywood) et de le jeter comme un vulgaire disque de Britney Spears.

Car bien que If you’re feeling sinister soit effectivement un excellent album, on peut avancer sans se compromettre qu’il était déjà très proche de Tigermilk, premier disque des Belle and Sebastian, d’ailleurs promu chef d’œuvre par les Inrocks jusqu’à sa démocratisation en CD, et vite oublié des références de ces derniers une fois l’album en vente libre. Il faut se souvenir qu’au moment où la première édition vinyle atteignait des sommes astronomiques dans les ventes aux enchères, il était de bon ton de considérer le premier album des Belle and Sebastian comme une sorte d’échantillon du sublime-pop-absolu. La rareté serait-elle le seul argument pour juger de la qualité d’une œuvre ?

De même, de nombreux morceaux de The boy with the arab strap, troisième album des Belle and Sebastian, étaient presque un décalque des chansons contenues dans If you’re feeling sinister.

Pour résumer, en trois disques considérés comme cruciaux pour l’histoire de la pop, les Belle and Sebastian, tout en proposant de très belles chansons, ne s’étaient pas énormément renouvelés. Plus ennuyeux, Fold your hands child, you walk like a peasant, tentative de changement (dans la continuité) peu concluante n’offrait aucune véritable chanson à la hauteur de la réputation du groupe.

Seule la BO de Storytelling, avec ses instrumentaux réussis et ses quelques pépites pop (Black and white unite, Storytelling), constituait une véritable bouffée d’air frais dans le carnet de route un peu trop linéaire du groupe écossais.

L’album du renouveau


Alors, quand Belle and Sebastian tente une nouvelle approche, avec un son plus profond tout en conservant son excellence pop, on ne peut qu’applaudir. Le pire n’aurait-il pas été d’engendrer un nouvel ersatz de Tigermilk ?

Mieux, avec Stay loose et son son de basse emprunté à Ashes to ashes, les Belle and Sebastian nous offrent une réminescence pop façonnée années 80, bien plus convaincante que Electronic renaissance, présent sur Tigermilk. De même, en musclant sa production, le groupe se permet des envolées électriques qu’on ne lui connaissait pas. Ainsi, Step into my office, baby qui ouvre l’album est un concentré de bonheur pop, dans lequel les influences se télescopent (Beach Boys, Beatles...) sans que l’âme du groupe ne s’effiloche. À la fois mordantes et mélodiques, les nouvelles chansons de Stuart Murdoch nous permettent de découvrir d’autres facettes de son écriture peut-être ici volontairement plus joyeuse que mélancolique (Wrapped up in books, Dear catastroph waitress...) Quoique les magnifique Piazza, my catcher (voix-guitare seulement) et Lord Anthony sont bercés de cette douce mélancolie que l’on retrouve dans toute l’œuvre des Belle and Sebastian. Ce qui devrait rassurer les fans les plus conservateurs. Plus loin, Roy Walker arrangé à la mode Pet Sounds finit de nous convaincre de la pertinence dans le choix du nouveau producteur.

Au final, on peut tout juste regretter quelques tics de cucuteries qui gênent légèrement l’écoute entière de l’album. Ainsi, les chœurs de You don’t send me sont quelque peu inutiles. Détails insuffisants tout de même pour se priver de ce bonheur pop.


Guillaume Lebouis
© Jowebzine.com - Octobre 2003
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