JANE BIRKIN
Ex-fan des sixties
(Fontana/Mercury/Polygram - 1978)
1. Ex-fan des sixties
2. Apocalipstick
3. Exercice en forme de Z
4. Mélodie interdite
5. L’aquoiboniste
6. Vie mort et résurrection d’un amour passion
7. Nicotine
8. Rocking chair
9. Dépressive
10. Le velours des vierges
11. Classée X
12. Mélo mélo
Dans
la famille Gainsbourg, je voudrais… non-non, pas la fille, on
l’a déjà sous toutes les coutures en ce moment…
Alors, dans la famille Gainsbourg 78, je voudrais… la mère.
Bonne pioche !
Un disque-charnière dans la vie de Serge Gainsbourg, qui après
avoir touché le bonheur et la sérénité
du doigt en rencontrant Jane (1968) et en accueillant Charlotte (1971…
la même année que Melody
Nelson !) commence à sombrer à nouveau dans la déprime,
le cynisme et les excès alcooliques qui vont avec (et réciproquement).
Perçu à sa sortie en 1978 comme un excellent album de
variétés, Ex-fan des sixties sonne, avec le recul, comme
un poignant testament olographe rédigé en vue de la
mort programmée d’un amour passion dont les cendres donneront
naissance au Gainsbarre provocateur, auto-destructeur et souvent tragique
des années 80. Pour preuve, cet album fin, inspiré,
érudit et précis sortira entre la pantalonnade Sea,
sex and Sun (BO du film Les bronzés) et la controversée
Marseillaise version
reggae-dub. En point de rupture, le fascinant et révélateur
conte parabolique Evguenie
Sokolov (publié début 1980).
Tout ce qu’il y a de meilleur en Gainsbourg figure dans ces
douze titres très contrastés, qu’il fait chanter
à une Jane en pleine forme, tour à tour touchante, drôle,
sensuelle, naïve et délicate. Douze chansons parfaites,
sur-mesure, enregistrées à Londres avec l’incomparable
son british de l’époque. Douze pièces dont une
majorité fleure la nostalgie, la désillusion, la mélancolie
: "Que sont devenues toutes tes idoles ? Disparues ou séparées…"
Sur des mélodies imparables, Serge met dans la bouche de Jane,
primesautière et amoureuse, des textes à double sens
dont il a le secret, qui évoquent en filigrane (Nicotine, Mélodie
interdite, Ex-fan des sixties…) ou en premier plan (Dépressive,
Mélo mélo, Vie mort et résurrection…) l’inexorable
état déliquescent de leur couple. Le très tendre
Aquoiboniste (hommage à son ami Dutronc ?), le très
littéraire et bien nommé Exercice en forme de Z (Raymond
Queneau n’est pas loin), le très coquin Rocking chair
(pendant des sucettes à l’anis d’Annie ?) et le
très étonnant Velours des vierges (poésie imaginaire
troublante et raffinée quasi inédite chez Gainsbourg)
viennent entrelarder magistralement le fil conducteur relationnel
sous-jacent.
Pour bien comprendre et apprécier Gainsbourg, il faut aussi
savoir aller piocher dans les nombreuses créations qu’il
a offertes aux autres. Le fil de sa vie et ses états d’âme
y sont parfois plus présents que dans son œuvre propre.
Timide et finalement très pudique sur ses sentiments, il a
souvent trouvé plus pratique de les exprimer au travers des
autres… et notamment de Jane, sa principale muse à qui
il offrira un nouveau chef d’œuvre, Baby alone in Babylone
en 1983.
"Je voulais être destroy sur la chanson d'amour, mais en
filigrane on comprend que la petite, je l'aime… Je n'ose pas
le dire parce que je suis un garçon extrêmement décent.
En fait, je suis indécent par ma décence" (Gainsbourg,
1973)